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Bénin : La digitalisation de l’agriculture s’implémente sous ACMA 2

Face à la problématique cruciale de l’adoption des TIC pour révolutionner l’Agriculture en Afrique, de nombreux projets et programmes s’enchainent et se heurtent à un même paradigme. Pourtant, la digitalisation agricole en Afrique subsaharienne engendre jusqu’à 127 millions d’euros de chiffres d’affaires par an avec seulement 6 % de son potentiel d’exploité selon un rapport du Centre technique pour l’agriculture et la coopération rurale ACP-UE publié en 2019. Conscient de l’intérêt de la chose, le programme Acma 2 a décidé de transcender les limités pour offrir aux acteurs du secteur agricole du Bénin, des approches innovantes qui font leurs preuves surtout en cette période de crise sanitaire.

L’époque où toute initiative de développement du secteur agricole par les TIC fait face à l’inaccessibilité des services GSM et Internet en milieu rural, le manque de solution de vulgarisation, la réticence des agriculteurs face aux coûts des prestations… se conjugue désormais au passé au Bénin. S’inscrivant dans la tendance globale de l’agriculture de l’avenir à travers le développement de solutions technologiques digitales au service du monde rural, l’équipe de mise en œuvre du programme Approche Communale pour le Marché Agricole phase 2 (Acma 2) a pensé et implémente une batterie de solutions au profit des acteurs ruraux en général et de ses bénéficiaires en particulier. Nombre d’entre elles servent « principalement d’outils d’aide à la décision, à la dissémination et à la mise à échelle des innovations agricoles », comme le précise Moïse Adégnika, spécialiste de l’innovation agricole et de l’accès aux intrants. Toute chose qui vise à aider les cibles à bien produire et à vendre sur les marchés mieux rémunérés.

Le programme relève ainsi un défi autrefois perçu comme une utopie, notamment celui de l’adoption des solutions TIC par les agriculteurs à la base, à travers des technologies qui solutionnent leurs problématiques quotidiennes notamment l’identification des acteurs de la chaine agricole pour le réseautage, la collecte d’information sur les marchés (SIM), le commerce en ligne, la disponibilité de contenus pédagogiques sur les bonnes pratiques agricoles (SIFT), les prévisions climatiques (Ignitia) puis la digitalisation du financement agricole.

Dans un rapport publié en 2019 et intitulé Technologies numériques dans le secteur agricole et dans les zones rurales, la FAO estime que le nombre de personnes en Afrique subsaharienne possédant un smartphone avec accès à la connexion haut débit a atteint 45 % en 2018. Et cette tendance gagne progressivement les rangs des agriculteurs. Dans le même sillage, ACMA 2 concentre l’accès à chacune des solutions développées par les services GSM et les smartphones qui gagnent de plus en plus du terrain auprès des populations rurales du Bénin.

Selon Isaac Brou EBO, Spécialiste TIC au sein d’Acma 2, ce choix d’associer les TIC aux activités de terrain surtout en période de pandémie a permis au programme de jouer un rôle d’inclusion dans la mise en œuvre de ses activités du programme, tout en essayant d’intégrer les jeunes et les femmes. « Nous avons participé à la réduction des coûts au niveau des interventions et aussi crée une certaine promptitude dans le traitement de nos informations. », précise-t-il.

Un écosystème TIC vulgarisé d’agriculteurs à agriculteurs

Le secteur agricole souffre de l’indisponibilité de plateforme de réseautage afin de créer la connexité entre les différents acteurs des chaines de valeurs agricoles. À titre illustratif, la filière manioc possède un grand potentiel pour devenir une filière phare avec une campagne dédiée, à l’image du Coton, du Soja, ou de l’anacarde. Par conséquent, les initiatives de regroupement des producteurs, des transformateurs, des commerçants se concentrent à l’échelle de leur communauté immédiate, au mieux de leur localité. Les corollaires ont pour nom, la méconnaissance des pratiques d’intensification des productions, l’accès difficile à des marchés de grands volumes, le manque d’harmonisation des prix des denrées agricoles sur les marchés.

Partage d’expériences entre agriculteurs

Acma 2 a donc apporté une réponse pour chaque problématique. La plateforme des acteurs réduite à l’échelle des bénéficiaires du programme vient faciliter leur identification lors des activités et leur mise en relation. De même, les bénéficiaires ont été initiés à la création de contenu publicitaire et à l’utilisation des applications (Whatsapp Business, Facebook, YouTube) et des techniques de commerce digital pour se positionner sur les grands marchés nationaux et internationaux. Le système d’information sur les Marchés (SIM) quant à lui entend pallier le bradage et les pertes post-récoltes en permettant aux agriculteurs d’écouler leur production sur un marché avantageux, ceci par la collecte des prix des denrées agricoles sur 36 marchés locaux, le traitement et la redistribution de ces informations sur les téléphones des adhérents au service.

Le Système d’Information et de Formation technique (SIFT) vient en quatrième position pour faciliter l’accès aux fiches techniques digitalisées sous des formats interactifs, images animées, audio et vidéos sur les sept (07) spéculations prioritaires du programme (maïs, soja, piment, manioc, arachide, palmier à huile et poisson). Cette dernière vient désormais tutoyer les solutions de renom comme le service d’assistance téléphonique aux agriculteurs en Éthiopie, ZIAMIS en Zambie, la suite d’applications pour les agriculteurs de l’Organisation de recherche sur l’agriculture et l’élevage (KARLO) du Kenya

La vulgarisation de ces solutions a été anticipée notamment à travers une approche d’agriculteurs à agriculteurs avec une préférence pour les jeunes. « La stratégie NTIC du programme repose sur les jeunes NTIC. Ce sont des entrepreneurs que nous avons identifiés dans nos zones d’intervention dans les différentes spéculations sur lesquels le programme travaille pour servir de canaux et faciliter l’adoption sur le terrain », précise Isaac Brou Ebo. Les acteurs concernés ont pris la mesure de leur rôle et s’y adonnent pleinement. « En tant que relai, mon rôle c’est d’informer les autres acteurs membres sur l’importance des TIC, ce qu’ils gagnent en optant pour les différentes solutions. », renseigne Nadège Okpéicha, jeune NTIC et relai communautaire dans le département du Plateau.

La prévision climatique « à l’échelle de l’exploitation » du producteur

Pas plus tard qu’en 2016, les questions au cœur des inquiétudes liées aux aléas climatiques ont permis de relever des défis majeurs, notamment les informations climatiques à fournir aux agriculteurs puis le format et les terminaux par lesquels les rendre interprétables par les ruraux en majorité analphabète. Un début de réponses a permis de fournir les prévisions à l’échelle régionale, nationale et communale, mais pas adaptable à tous les contextes géographiques (disparité et marge d’incertitude sur les prévisions en rapport à un espace.

C’est pourquoi, la plateforme Ignitia, réinvente l’information climatique au service de l’agriculture le spécialiste des innovations agricoles et accès aux intrants explique que « c’est un service qui met l’information climatique à la disposition du producteur, à l’échelle de l’exploitation. Donc le producteur reçoit l’information sur son téléphone qui lui dit […] il pleuvra demain dans son champ ». Alors, le producteur peut planifier son activité culturale et l’exécuter à bon escient pour profiter des intrants qu’il utilise. Elle favorise par ailleurs un gain considérable de temps et une performance accrue dans l’activité culturale du producteur avec à la clé, la rationalisation de ses ressources financières.

à l’activité agricole. Colette Kiki Houeze Biga, spécialiste de l’accès au financement soulignait que la finance digitale a le potentiel d’accélérer l’inclusion financière des bénéficiaires en leur simplifiant le remboursement direct des emprunts et les coûts du transport tout en assurant la sécurité de leurs transactions financières.

Après avoir solutionné l’épineuse problématique de l’accès au financement agricole et l’éducation financière, le programme a pensé et mis à échelle, la digitalisation des finances comme méthode de proximité entre les producteurs et les institutions de microfinance. Depuis plus d’un an, plusieurs agriculteurs en tirent profit quand bien même de grands défis restent toutefois à relever, notamment l’accès au réseau GSM en zone très éloignée, l’analphabétisme de nombreux acteurs ruraux, etc.

Des solutions voulues par les bénéficiaires et accessibles à partir de 300FCFA/mois

De nombreuses conditions socioculturelles, économiques et techniques constituaient une barrière à cette méthode, pas vraiment nouvelle de faire l’agriculture et son financement , quand bien même leur efficacité sur les rendements et l’amélioration des revenus des producteurs reste indéniable. Aujourd’hui, l’expérience du programme Acma 2 au Bénin démontre que les besoins sont présents et que les acteurs eux-mêmes, témoin de leur efficacité, y adhèrent très facilement. Benoit Sègla par exemple, pisciculteur à Avrankou dans le département de l’Ouémé, témoigne qu’avec ses formats illustrés [images, vidéos, etc.] pour booster son commerce en ligne, il rassure davantage les clients mêmes étrangers sur ses capacités de production et de disponibilité de poissons Tilapia et Clarias.

De nombreux bénéficiaires manifestent leur joie, pour ces expériences qu’ils jugent satisfaisantes. « Je ne trouve pas de difficultés à leur [les clients] présenter mes produits. Ça me réduit les tracasseries, les coûts de transport. Avec 100 FCFA de forfait Mtn, je parcours tout le pays avec mon produit. », renseigne Benoit Sègla. Tout comme lui, Pélagie Sisso, promotrice de General Agrobusiness et jeune relai communautaire, a pu décrocher un partenariat de 600 kg de gari amélioré en moyenne à livrer par mois à des clients au Nigéria. Une opportunité qui vient booster considérablement ses revenus. De même, dans les collines plus de 80 millions de francs CFA peuvent ont été déjà décaissé par Mobile Money au profit de 79 groupements de producteurs, preuve de l’intégration progressive à la finance digitale.

Dans les localités du Plateau, c’est la solution Ignitia qui fait l’unanimité. Mais sur les quatre départements d’action du programme, on compte déjà plus de 4000 agriculteurs adhérents à la phase pilote de l’ensemble de ces solutions. « Ces solutions sont sorties des problèmes que les acteurs eux-mêmes ont identifiés, nous en ont fait part et que nous avons développé ensemble » précise Isaac Brou. Ainsi, l’élan de réticence habituel auprès des acteurs du secteur se conjugue progressivement au passé. Et pour cause, les solutions phares du programme [SIM et SIFT] sont accessibles contre un forfait mensuel de 300 FCFA ou à 3600 FCFA par an [moins de 6 dollars US].

Le COP/ACMA2 s’impregnant des solutions digitales lors du Hackathon Agrinnov 229

ACMA 2 en quête de plus de solutions innovantes

Le programme Acma 2 fidèle à sa dynamique de décupler les rendements aux producteurs multiplie les occasions pour identifier les solutions numériques qui promettent de révolutionner l’agriculture au profit de ses bénéficiaires. En 2019 par exemple, sur 390 solutions recensées, 60 % sont opérationnels, contre seulement 20 % en 2018. Ces chiffres décrivent bien une volonté manifeste du continent d’intégrer les TIC à l’agriculture, mais aussi celle des créateurs de solution à innover à travers de nouvelles solutions toujours plus innovantes à chaque fois.

L’initiative du Hackathon Agrinnov 229 organisé du 03 au 05 novembre s’inscrit dans se sens et a réuni une dizaine de startups de l’univers numérique béninois appelé à proposer des technologies nouvelles pour toujours simplifier la pratique de l’agriculture aux paysans.

La compétition s’est soldée par la victoire de la startup Jinunkun, promotrice d’une plateforme de vente collective de produits agricoles en ligne. Les Startups Suba et Anslab viennent en deuxième et troisième position avec des solutions tout aussi innovantes que les partenaires stratégiques et financiers du programme ont soutenues.

Avec de telles avancées dans le secteur agricole au Bénin, Acma 2 fait l’unanimité auprès des bénéficiaires de ses quatre départements d’intervention principalement, mais également chez tous les acteurs concernés par la révolution de l’agriculture. Aucun doute que l’IFDC, bras exécuteur de ce programme se situe désormais en pôle position parmi les précurseurs de l’intégration des TIC dans l’agriculture avec pour utilisateurs directs, les acteurs ruraux.

Méchac Awokoloïto

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