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Acma 2 : La vente groupée renforce la sécurité financière des PEA Maïs de Kétou

Au Bénin, le maïs représente la deuxième denrée alimentaire la plus cultivée et la plus consommée après le manioc. Cependant, les contraintes de gestion post-récolte et d’indisponibilité financière font que les producteurs et les commerçants ne tirent pas entièrement les profits économiques que cette culture peut leur offrir. Les uns vendent leurs produits lorsque les prix sont encore au plus bas alors que les autres enregistrent des manques à gagner dus à la disparité des prix de cession sur le marché. Face à ce tableau, le programme ACMA 2 a initié les acteurs PEA Maïs à la vente groupée. Une innovation mise en œuvre sur le magasin de stockage et de commercialisation de maïs de la Commune de Kétou et qui renforce la sécurité financière de ses exploitants selon Florent Houégbénou, gestionnaire dudit magasin.

Agratime : Qu’entend-t-on la vente groupée?

Florent Houégbénou : la vente groupée est une forme de vente collective. Puisqu’ici, il est question du maïs, au lieu que chaque producteur amène ses produits vers le marché pour opérer une vente individuelle, toute l’offre mobilisée par les producteurs est vendu ensemble. Il s’agit de lancer l’appel de collecte et les produits sont mobilisés dans un magasin de stockage construit à cet effet. Après quelque temps de conservation, lorsque le maïs devient un plus cher sur le marché, les producteurs sont avertis puis on procède à la vente en groupe.

Qu’est ce qui a motivé l’adoption de cette pratique par les acteurs PEA de Kétou?

Tout est parti de la volonté du programme ACMA 2 d’aider les producteurs à jouir des fruits des efforts fournis au cours de leur production par l’accroissement de leurs revenus. Les producteurs obtiennent le maïs en période d’abondance où le prix est trop bas sur le marché. Et n’ayant pas d’autres choix, puisqu’ils n’ont pas les moyens, ils livrent leur produit au prix bas. Désormais, les acteurs PEA maïs de Kétou réalisent des chiffres qui renforcent leur sécurité financière grâce à cette technique de vente.

Au départ, les producteurs n’étaient pas impliqués. La première expérience s’est faite avec des commençants. Depuis sa livraison en 2017, seul le groupement de commerçants appelé « ichè oluwa » exploitent le magasin de stockage de maïs de Kétou. Ils étaient 19 acteurs à participer au Warrantage. Avec 600 sacs de maïs mobilisés au magasin, ils ont atteint un volume de 72,96 t. Le plan d’affaires élaboré à l’époque partait d’une prévision de vente de 100 francs le kg. Finalement, le maïs avait été vendu à 140 francs le kg. Ils ont reproduit l’expérience en 2018 cette fois-ci avec une petite augmentation du nombre de participants. De 19, ils sont passés à 41 personnes dont 18 hommes, 23 femmes. Il faut signaler l’absence des jeunes les deux premières années. Avec 1188 sacs mobilisés au magasin, ils ont atteint 157,47 t. Les produits mis en magasin à 100 francs ont été cédés à 130 francs lors de la vente groupée.

En 2019, suite à des contingences managériales, la mairie de Kétou en collaboration avec le staff du programme ACMA 2  a décidé de confier la gestion du magasin à un comité transitoire. C’est alors que le programme a mis un gestionnaire et un magasinier à la disposition du comité. La particularité avec l’arrivée du comité multi acteur, c’est l’implication des jeunes. La première expérience avec ce comité a démarré en 2019 avec une timide adhésion des producteurs et des jeunes. C’était d’ailleurs notre plus grand défi. Pendant que les commerçants sont restés mobilisés,  seulement 6 producteurs ont participé à la campagne parce qu’ils étaient peu réceptifs de nos sensibilisations. Le magasin a donc enregistré 1464 sacs soit un volume de 215,55 tonnes. Un bond significatif en comparaison avec les deux années qui ont précédé.

Florent Houégbénou, Gestionnaire du magasin de stockage de maïs de Kétou

Comment avez-vous relevé le défi après la première expérience ?

L’action phare menée pour relever le défi après  la première expérience, c’est le renforcement  de la sensibilisation et l’implication active des producteurs depuis leur base. Le programme avait préalablement aidé les producteurs à se mettre en coopératives. Cela a donné lieu à la formalisation de 22 coopératives de producteurs de maïs dans les villages. L’ATDA s’est également impliqué avec l’installation de 6 coopératives, portant ainsi leur effectif à 28. Ces producteurs se sont réunis pour fédérer leurs forces et installer une union communale des coopératives de producteurs de maïs de Kétou. C’est avec cette union que le programme ACMA2 a signé un accord de subvention.

Après l’accord de subvention, l’union a multiplié ses actions de sensibilisation à l’endroit des coopératives de base. Au départ, elle a ciblé les gros producteurs pour les exhorter à la fréquentation du magasin réalisé par ACMA2. Il faut aussi signaler l’appui déterminant du programme dans le ciblage de certains formateurs locaux pour l’appui-conseil de proximité aux coopératives de base.

Quel est le niveau d’appropriation de la pratique par les PEA maïs de Kétou?

Suite à la participation des producteurs en 2019 et aux sensibilisations, nous avons noté une forte implication des producteurs l’année suivante. Cette forte implication a permis d’intégrer 21 coopératives sur les 28, ainsi qu’un groupe de personnes indépendantes. Ces dernières ont été touchées par les sensibilisations et ont décidé spontanément de venir déposer leurs produits au magasin, bien qu’elles n’étaient pas les cibles prioritaires. Alors, un total de 22 coopératives avait participé au warrantage, soit 21 coopératives villageoises des producteurs de maïs et un groupe d’indépendant. Cette année, nous sommes passées de 215t à environ 500t  dont 361,17t du stock warranté (des producteurs qui ont contracté du crédit) et 87,61t de stocks simples. Des déposants préfèrent effectuer un simple stockage sans crédit. Ceux-ci récupèrent leur chiffre d’affaires au terme des ventes.

L’effectif des producteurs ayant participé à la campagne de warrantage après les sensibilisations est dénombré à 420 personnes. Selon la base de données disponible sur l’effectif des acteurs du PEA  maïs de Kétou ayant adhéré au groupe, il existe 1004 producteurs de maïs avec 215 femmes et 219 jeunes. En associant ces derniers à la campagne de warrantage, on a pu déduire que les producteurs ont participé à la campagne à hauteur de 31,87 %. Le taux de participation des coopératives est estimé à 77,77 % correspondant à 21 coopératives sur les 28 que compte la commune de Kétou. Il faut remarquer que 6 coopératives ont été absentes à la campagne de Warrantage. Avec un effectif de 175 producteurs.

Par rapport au crédit demandé, le plan d’affaires élaboré et soumis à l’UNACREP (structure de microcrédit) est chiffré à 29 millions. Mais l’UNACREP n’a pu accorder que de 25 000 000 francs de crédit avec un intérêt mensuel de 1 %. Le chiffre d’affaires total réalisé après ce processus est d’environ 87 000 000 francs.

Les frais d’emmagasinage ici conformément à la décision prise par le comité de gestion sont de 2 francs par kilo. Et les frais s’élèvent à 897 500 francs. Quand on enlève les 2 francs par kilo, on enlève l’intérêt couru de 6 mois, on enlève le crédit obtenu du chiffre d’affaires réalisé, il reste plus de 59 millions de francs comme reste que nous avons réparti aux producteurs proportionnellement au volume vendu par producteur.

Ces performances comparées aux anciennes pratiques des producteurs, commerçants, ont permis de noter des succès avec la vente groupée. Il s’agit de l’implication massive des producteurs, du remplissage du magasin en un temps record, et un bénéfice élevé dû au changement climatique surtout parce qu’à cause de changement climatique, le produit s’est fait rare sur le marché. Ce qui a occasionné une augmentation spectaculaire du prix sur le marché (187 francs le kilo). Une première dans la commune Kétou.

Pouvez-vous affirmer que les producteurs ont atteint l’autonomie d’organisation pour effectuer la vente sans l’intervention du projet ACMA2?

Je peux l’affirmer en tant que gestionnaire comptable du magasin qu’ils ont pu atteindre l’autonomie d’organisation. À titre d’exemple, les 2 francs par kilo que les producteurs ont pu prélever ont permis de construire un hangar sur le site pour initier d’autres activités ; ils envisagent des produits autres que le maïs sur le site. Avec l’implication de la mairie et les recettes obtenues sur le marché, ils pourront vraiment tenir après le retrait du projet ACMA2.

Il faut rappeler que pour l’autonomisation du site, ils ont en perspective de faire du site un marché de maïs. Pendant trois jours, le marché s’anime et le comité de gestion a initié une taxe de 25f par bassine sur tous les produits vendus sur le site. Donc je peux déjà affirmer sans doute que les producteurs ont atteint l’autonomie d’organisation pour effectuer la vente et la pérennisation du site sans l’intervention du programme ACMA2.

Quels sont les défis à relever?

Le premier défi du comité, c’est de transformer le magasin en un grand site de vente de maïs. En réalité, les bénéficiaires s’organisent pour mettre en place des stratégies de conservation de maïs et d’autres produits comme le soja le sésame, de mil et pour avoir d’autres magasins. Pour la prochaine campagne, la capacité actuelle du magasin n’est pas en mesure de satisfaire les prévisions. Ils travaillent à mettre en place des sous-comités dans les coopératives. Chaque coopérative dans son village s’emploie à mettre en place une équipe de gestion du magasin pour l’autonomisation du site.

Aussi, le plan d’action de la prochaine campagne de warrantage est déjà élaboré, et fixe l’organisation de la réception et le contrôle de quantité de stock au 2 novembre (du 2 au 15 novembre). Et cette fois-ci, ils se sont accordés une grande période pour mobiliser l’offre afin d’embrasser la seconde saison sujette à une crise de la qualité (faible pluviométrie, invasion des chenilles légionnaires, etc.). Le comité d’organisation en collaboration avec les projets de maïs de la mairie a pris des dispositions pour l’autonomisation du site même après le retrait du programme ACMA2.

Propos recueillis : Méchac AWOKOLOÏTO

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