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ACMA 2 : «De 5 à 7t, nous sommes passés à 15t/ha de piment dans l’Ouémé »

Les intrants agricoles de qualité constituent la matière première indispensable à l’intensification des productions et à l‘accroissement des revenus. Face aux multiples tracasseries auxquelles font face les agriculteurs et leur réticence à recourir aux solutions disponibles à cet effet, le programme Approche Communale pour le Marché Agricole phase 2 (Acma 2) a mis sur pied un mécanisme innovant qui fait ses preuves. Pour mieux l’appréhender, Moïse Adégnika, spécialiste de l’accès aux intrants et innovations agricoles a mis ce mécanisme en lumière dans une interview qu’il nous a accordée.

Agratime : Quel est le mécanisme mis en place par ACMA 2 pour faciliter l’accès aux intrants agricoles au profit des producteurs ?

Moïse ADEGNIKA : Dans le cadre de la facilitation de l’accès aux intrants de qualité, nous avons mis en place un mécanisme assez simple composé de trois (03) principaux acteurs avec des rôles clairement définis. Ce sont en occurrence les organisations de producteurs, surtout les coopératives de producteurs à la base, parrainées par les unions communales. Ensuite, les systèmes financiers décentralisés, notamment le groupe des partenaires en contrat avec le programme ACMA 2, et ceux qui travaillent avec le programme en l’absence de contrat formel. Puis le troisième acteur qui est constitué des fournisseurs d’intrants agricoles, qui garantissent les semences, les inoculums, les engrais, les pesticides et autres intrants dont les producteurs ont besoin.

Dans le fonctionnement de ce mécanisme, le programme ACMA 2 a contracté avec des structures d’Appui à l’entrepreneuriat (SAE). Elles encadrent les producteurs au niveau de leur Pôle d’Entreprise Agricole (PEA) sur le plan technique et dans le respect des bonnes pratiques agricoles et de l’utilisation de ces intrants. Nous avons également l’Appui des Agences Territoriales de Développement Agricole (ATDA) qui sont habiletés par l’État pour assurer la coordination technique des activités sur le terrain, et le programme ACMA 2 lui-même. Donc les SAE, les ATDA et ACMA 2 interviennent dans le mécanisme comme des facilitateurs. Leur rôle consiste à faire la mise en relation des trois principaux acteurs sus-cités.

Ce mécanisme est caractérisé par trois éléments importants. Dans un premier temps, il y a la caution solidaire utilisée au sein des coopératives comme garantie de remboursement auprès des SFD. Le deuxième élément c’est que les crédits restent individuels, mais sont portés par des coopératives au niveau villageois ou au niveau communal. Le troisième élément, c’est que le recouvrement des crédits se fait en nature. C’est-à-dire qu’on met en place le crédit, mais au lieu de récupérer en liquide, on récupère en nature le produit sur lequel le crédit est mis en place. Si c’est le piment, on récupère une quantité de piment correspondant à la valeur du crédit.

Nous faisons la promotion des services de mise en marché commun (SMMC) qui comportent le warrantage. Il consiste à mettre en garantie leurs productions pour prendre du crédit. Il y a aussi la vente groupée. Tous ceux qui ont du maïs par exemple viennent stocker leur maïs dans nos magasins. La récupération relève de la responsabilité de la coopérative et ensuite de l’union communale qui a avalisé l’opération de crédit avec l’appui et le suivi rapproché des agents des SAE mis sur le terrain. On cherche un client qui vient acheter toute la production. Chaque producteur ne vend pas sa production pour éviter d’être grugé. Donc, à partir du moment où les collectes de produits sont réalisées, ils sont emmagasinés. Soit on les cède en vente groupée, ou on les met en warrantage.

Le dernier élément du mécanisme est l’Appui Spécial à l’Intensification Agricole (ASIA). Il s’agit d’un processus de mise en place de kit d’intensification que le programme Acma 2 a mis en œuvre et orienté vers les jeunes et les femmes, des groupes d’apprentissages et des jeunes micros entrepreneurs du programme Acma 2. À travers cet appui, nous mettons en place des kits, et contrairement aux habitudes, ces kits sont subventionnés. Mais la subvention n’est pas totalement gratuite, car à la récolte les bénéficiaires sont obligés de mettre la valeur du kit dans un compte auprès d’un SFD, après avoir vendu leurs stocks. Cette valeur du kit leur servira à la campagne prochaine comme garantie pour bénéficier d’un crédit intrant auprès du SFD. Le programme leur donne l’occasion d’avoir la garantie pour pouvoir aller au crédit intrant.

La tendance étant à l’utilisation des intrants écologiques, quelles mesures avez-vous prises pour assurer des intrants respectueux de l’environnement aux bénéficiaires de l’Ouémé ?

Nous avons un sens très poussé de l’écologie. D’ailleurs, nous avons un concept au niveau d’ACMA 2 que nous appelons l’ « éco-efficience ». Il consiste pour nous à catégoriser les acteurs qui appliquent les bonnes pratiques que nous leur enseignons. Dans notre package de bonnes pratiques en rapport avec la gestion intégrée de la fertilité des sols, de la gestion intégrée des ravageurs, lorsque sur environs huit éléments techniques, le producteur arrive à appliquer au moins trois, on dit qu’il est éco-efficient. Ceci parce qu’on est convaincu qu’en appliquant trois (03) des bonnes pratiques, non seulement il respectera l’environnement, mais aussi qu’il aura de l’efficience dans sa façon de produire.

Dans le cadre de la gestion intégrée de la fertilité des sols, nous faisons la promotion de l’utilisation de la matière organique sous toutes ses formes. Aujourd’hui, il existe des engrais organiques fabriqués et vendus, mais dans la réalité, le producteur n’a pas forcément besoin d’acheter de l’engrais organique, parce que souvent il en produit lui-même à la maison sur son exploitation sans le savoir. Les fientes de poulets, le guano de chauve-souris, les bouses de vache, les résidus de récoltes notamment les fanes que certains ont tendance à brûler. Avec Acma 2, on enfouit tout pour qu’il se minéralise et libère tout ce qu’il y a comme apport pour les cultures. Ainsi, nous commençons par sensibiliser sur l’utilisation de la matière organique sous toutes ses formes selon ce que le producteur dispose.

En ce qui concerne les engrais minéraux, nous faisons la promotion du NPK vivrier classique, de l’urée comme engrais azotée, du Kcl comme engrais potassique et du sulfate de potassium. En plus de tout ça, nous faisons la promotion de l’utilisation des herbicides, et des produits phytosanitaires pour la protection des cultures.

Comment vous assurez-vous du bon usage de ces intrants ?

 Nos producteurs bénéficient de beaucoup de formations. Ensuite, nous avons les SAE qui déploient des agents techniques dans les communes pour un suivi rapproché par rapport aux bonnes pratiques agricoles en lien avec chacune des cultures. Il s’agit essentiellement de Africa Green Corporation sur le piment et l’OPADEB pour le palmier à huile. Elles forment les producteurs, les aident à accéder aux intrants et leur montrent comment appliquer ces intrants pour une meilleure efficacité.

Quelles sont les spéculations prioritaires qui en bénéficient dans l’Ouémé ?

Nous travaillons sur sept (07) produits au niveau du programme Acma 2, dont six (06) cultures végétales : le piment, le maïs, le soja, le palmier à huile, l’arachide, le manioc et ses dérivés. À ses six cultures s’ajoute le poisson comme septième produit sur lequel nous intervenons. Dans l’Ouémé, nous avons deux principales cultures sur lesquelles nous intervenons et pour lesquelles nous avons des pôles d’entreprise agricole. Il s’agit du palmier à huile et du piment (Dangbo et Adjohoun).

Quels éléments matériels justifient l’impact de cet ensemble de mécanismes pour des bénéficiaires ?

Cela ne manque pas. Sur le piment par exemple, nos bonnes pratiques permettent aux producteurs d’avoir des niveaux de rendements qui tournent autour de 15 tonnes à Dangbo et à Adjohoun. Or, chez le producteur classique, le tonnage obtenu tourne entre 5 et 7 tonnes au maximum. Nous doublons la production du piment en termes de rendement. Par conséquent, lorsque le producteur récolte beaucoup, il vend beaucoup, il gagne beaucoup et la sécurité alimentaire est améliorée dans son foyer. Et le bien-être est de mieux en mieux assuré.

Comment réagissent les bénéficiaires face à l’utilisation de ces engrais dans leur production ?

Les réactions sont généralement assez favorables. Bien vrai qu’il y a quelques poches de résistance. Certains producteurs qui veulent rester accrochés à leur tradition et qui ne veulent pas changer. Mais en majorité, la plupart des agriculteurs qui travaillent avec nous perçoivent les avantages liés à nos bonnes pratiques et les avantages liés à l’utilisation des intrants, ce qui fait que d’année en année, les chiffres d’utilisation des intrants sont sur une courbe ascendante. Ces chiffres montrent l’intérêt d’utiliser ces bonnes pratiques et d’appliquer les intrants sur les cultures.

Quelles dispositions  avez-vous prises pour pérenniser ces avancées ?

Tout ce que nous faisons aujourd’hui, nous le faisons de concert avec les ATDA. Nous les associons à tout parce que nous sommes conscients que le programme ACMA 2 doit toucher à son terme. Par contre, les ATDA sont des structures nationales qui vont rester. Du moment où nous avons eu à passer un long moment ensemble, nous pensons qu’ils pourront continuer.

Vu que le terme du programme ACMA 2 se rapproche, on pourrait craindre que l’utilisation des intrants régresse avant la fin du programme, mais ce n’est pas évident. À partir du moment où ils découvrent qu’ils pourront mieux produire avec les intrants, je ne les vois pas abandonner sauf s’ils se retrouvent dans des cas où l’accompagnement nécessaire par le SFD ou le fournisseur d’intrant vienne à manquer.

Au niveau du programme ACMA 2, nous avons mis en place un dispositif de suivi rapproché avec les SAE. Nous faisons de la formation des acteurs endogènes de sorte qu’après la fin du programme les acteurs puissent continuer à appliquer ce que nous leur avons appris. Donc globalement dans le cadre de la pérennisation de nos acquis après la fin du programme, nous avons prévu impliquer davantage les ATDA dans notre programme de 2021. Il y a beaucoup de choses que nous ferons ensemble avec certaines structures qui vont rester après nous. Nous allons renforcer la formation des formateurs endogènes qui sont des producteurs d’un certain niveau dans nos communes, arrondissements et villages qui ont été choisis et que nous avons commencé à former depuis cette année. Ils vont relayer leur formation au niveau de leur coopérative à la base. Nous allons renforcer également la formation de nos gestionnaires des IEMs, de sorte qu’après le terme du programme ils puissent suppléer à l’intervention des SAE.

Notre stratégie reposera donc sur le nouveau dispositif de conseil agricole du Maep. Aujourd’hui, le Maep donne des agréments à des ONG et cabinets habilités à intervenir dans le conseil agricole et la vulgarisation. Nous allons faire avec toutes ces structures qui ont bénéficié de cet agrément, des ateliers d’appropriation de nos outils et de nos résultats de manière à ce que dans l’exercice de leur fonction, ils puissent utiliser nos outils et exploiter nos résultats pour améliorer les performances agricoles. Nous allons renforcer le dispositif des formateurs endogènes dans la formation le suivi technique des membres de nos coopératives. Nous allons beaucoup utiliser les technologies de l’information et de la communication (TIC) au service de l’agriculture. Nous avons le Système d’information et de Formation technique (SIFT) sur lequel beaucoup d’informations techniques sont véhiculées. Ces informations seront mises au service des usagers que sont les acteurs.

Nous avons la solution Ignita qui permet de disposer des prévisions pluviométriques. Toutes les solutions mises en place par le programme Acma 2 dans le cadre des TIC seront mises à la disposition des producteurs. Nous avons prévu faire de la communication de masse à travers les médias, surtout les radios locales de sorte qu’elles proposent des technologies, indiquent les contacts utiles, pour qu’on puisse se procurer les intrants. Ainsi après la fin du programme, les producteurs ne sentent pas qu’ils ont été abandonnés.

Propos recueillis par Méchac Awokoloïto

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