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Nigéria : L’agrobusiness souffre du manque d’implication des jeunes et des TIC

Une étude sur l’implication des jeunes et des TIC dans l’agrobusiness au Nigéria révèle des chiffres alarmants et peu rassurants pour l’atteinte des objectifs de développement durable et l’emploi des jeunes dans ce pays. La note politique issue de cette étude conduite par Sodeeq Abdulrahman Enesi dans le cadre du projet CARE (mis en œuvre par l’Institut international d’agriculture tropicale-IITA), insiste sur la nécessité de combiner des politiques d’incitation des jeunes à l’agriculture avec celles des TIC.

L’objectif du développement durable visant à promouvoir l’agriculture durable, la faim zéro et la sécurité alimentaire et nutritionnelle pourrait ne pas être une réalité en Afrique en raison de l’improductivité et du faible engagement des jeunes dans l’agrobusiness. Et cette situation tend à aggraver le taux de chômage en Afrique. C’est du moins ce que révèle l’enquête de ce jeune chercheur nigérian sur l’implication des jeunes et le potentiel des TIC dans l’agriculture et plus précisément dans les chaînes de valeurs du manioc de son pays.

Cette apathie de la jeunesse pour le secteur agricole n’est pas nouveau, d’autant que le programme économique nationale du Nigéria indiquait en 2012 qu’environ 65 % des acteurs ruraux impliqués dans l’agriculture de base sont des adultes. Si cette tendance n’a pas réellement varié malgré les multiples politiques incitatives, ce qui inquiète est que la propension des quelques jeunes du secteur à l’usage des TIC ne participe pas encore à améliorer leur productivité dans l’agrobusiness.

Les données qui témoignent de l’inquiétante situation

L’enquête réalisée par Sodeeq Abdulrahman Enesi est basée sur un échantillon de 480 jeunes sélectionnés à travers les zones agro écologiques du Nigéria. Suite à un filtrage à plusieurs degrés des fournisseurs d’intrants, des agriculteurs, des transformateurs et des commerçants de la chaîne de valeur du manioc, il ressort que les jeunes hommes sont beaucoup plus impliqués dans cette spéculation. Mais paradoxalement,  cette activité des jeunes hommes accroit le taux de chômage des jeunes femmes de 1,26 selon une estimation de la banque mondiale en 2017. Ceci s’explique par le poids du contexte socioculturel patriarcal du Nigéria

De même, la majorité des jeunes impliqués dans la chaîne de valeur du manioc possède un téléphone et une radio avec une préférence pour les services d’appel téléphonique et les SMS. Ceci pour rester en contact avec leurs clients et recueillir les informations sur les marchés. Un nombre très restreint de ceux-ci par contre ont accès à des outils plus avancés comme les ordinateurs et internet. On note de ce fait une faible culture de la tenue de registres, de la recherche et de l’analyse des données sur les entreprises.

Sodeeq Abdulrahman Enesi, jeune chercheur nigérain, bénéficaire du proejt CARE

Sur des prévisions d’efficacité techniques moyens estimés à 56 %, 69 %, 39 % et 29 % respectivement pour les fournisseurs d’intrants, les agriculteurs, les transformateurs et les commerçants, environ 3 % des premiers enregistrent un niveau d’efficacité de 0,81 à 0,9. Quant aux agriculteurs, seulement 13 % se situent entre 0,9 et 1 en niveau d’efficacité, et pour les transformateurs 1 % se situent dans la limite de 0,81 et 0,9. Le reste, à savoir les commerçants, cumule 0,4 de niveau d’efficacité.

Des actions pour booster l’implication des jeunes dans l’agriculture nigériane

Pour pallier efficacement la situation et renverser la tendance, le chercheur propose une batterie d’actions à entreprendre. En premier, il s’agira d’activer les politiques orientées sur le genre et qui visent à promouvoir l’engagement de la jeunesse féminine dans les activités de productions agricoles au niveau rural. Face à l’utilisation du potentiel des TIC pour l’agrobusiness, une réorientation des politiques nationales vers l’apprentissage et l’utilisation des solutions TIC pour la tenue des registres, la collecte et l’exploitation de données des entreprises s’avère nécessaire.

En outre, un soutien politique à l’investissement public et privé soutenu dans les entreprises de la chaîne de valeur du manioc devrait être envisagé. Cela favorisera une meilleure structuration de la chaîne d’approvisionnement et permettra d’améliorer la chaîne de valeur du Nigéria à partir du niveau local qui prédomine actuellement.

Méchac Awokoloïto

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