Elevage

Alimentation des ruminants : Des Blocs Multi Nutritionnels pour sédentariser les éleveurs et soulager les femmes 

En quête de moyens de résilience pour faire face aux crises socioécologiques dues à la transhumance, des dispositifs se sont mis en place dans la plupart des zones arides et semi-arides de l’Afrique de l’Ouest. Se classant dans la catégorie Innovation pour l’alimentation des bétails, les Blocs Multi Nutritionnels (BNM), une trouvaille reproduite par La Faculté des Sciences agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi avec l’aide de la FAO. Faisant un zoom sur cette innovation, l’Agronome, zootechnicien et Expert en promotion des chaines de valeur (viande et lait) et agribusiness inclusif, MSc. Ir. Aimé Sènan GUEDOU nous a accordé un entretien. Celui-ci nous apprend qu’en plus de leur valeur ajoutée pour le bétail et l’économie, ces BNM favorisent la sédentarisation des communautés éleveurs.

Agratime : Décrivez-nous un peu vos Blocs Multi Nutritionnels (BNM) ? Et pourquoi cette dénomination ?

Aimé GUEDOU : Les BNM sont une technologie conçue pour l’alimentation des ruminants domestiques (bovin, ovin, caprin) uniquement. Ils sont des aliments fabriqués à la main à partir de plusieurs ressources alimentaires pour animaux dont notamment des fourrages broyés (pailles, fanes, foin, ligneux), des sous-produits agroindustriels (sons, tourteaux, grains, farines), des minéraux (calcaire, phosphate naturel, sel), des liants et des vitamines. Toutes ces ressources citées qui ont une certaine valeur nutritive, donc susceptible d’apporter quelque chose de concret à l’animal, sont séchées broyées et regroupées en une masse cubique grâce à un liant (gomme arabique, farine de manioc, mélasse, etc.) ; d’où son nom de bloc multi nutritionnel.

Qu’est-ce qui a motivé la technologie des BNM ?

Pour la petite histoire, la technologie des BMN a été mise au point pour la première fois en Australie par Beanmes en 1963. Elle a été reprise après un peu partout dans le monde avec une prise en compte des spécificités de chaque milieu. C’est ainsi qu’en Afrique, les pays du Maghreb (Algérie, Tunisie) et du Sahel (Sénégal, Niger) se sont approprié les BMN avant le Bénin qui de plus en plus enregistre dans le septentrion des difficultés énormes pour l’alimentation du bétail.

Notre pays le Bénin a trouvé la technologie des BMN dans les paniers du PPAAO-Niger au « Marché des Technologies » tenu à Dakar en octobre 2012 à l’occasion de la synthèse des missions conjointes de supervision Banque Mondiale/CORAF. Et le Laboratoire de zootechnie de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi (FSA-UAC) a été financé par la FAO pour les recherches en vue de la mise au point des BMN avec des ressources localement disponibles au Bénin.

MSc. Ir. Aimé Sènan GUEDOU , Agronome, zootechnicien et Expert en promotion des chaines de valeur viande et lait

Il existe une variété de BNM avec une diversité liant. Quelle différence nutritionnelle et qualitative y a-t-il entre chacune des variétés ?

Merci pour la remarque. L’objectif était de pouvoir formuler des BMN compte tenu des ressources disponibles dans chaque zone, priorité faite aux grandes zones d’élevage comme Gogounou, Péhounco, Kalalé… C’est ainsi qu’il y a eu une douzaine de formules, intégrant des ressources inventoriées, hiérarchisées et dont les valeurs nutritives ont été évaluées. Au final, trois formules de BMN ont retenu l’attention des principaux acteurs impliqués (zootechniciens, économistes, éleveurs). De nos travaux de recherche, l’amidon de manioc (en fon « gôman ») s’est révélé comme le meilleur liant en termes de dureté, cohésion et couleur devant la farine grossière de manioc (en fon « galigo ») et l’argile de Deddy. Pour des compositions quasi identiques et une supplémentation de 300g/j/tête en milieu paysan, les BMN avec 40 % tiges de mil, 20 % fanes de légumineuses, 15 % son de riz, 10 % tourteaux de coton, 5 % coquilles d’huitre, 5 % sel et 5 % amidon de manioc ont induit environ un gain de poids 58 g/j chez les ovins de race Djallonké. Des travaux similaires ont été conduits sur les vaches laitières, les chèvres avec des résultats probants. En moins de deux semaines d’adaptation, les animaux sont déjà très friands du nouvel aliment. Avec cette technologie, il y a donc de quoi sédentariser davantage d’éleveurs et soulager les femmes qui sont très présentes, actives dans l’élevage des petits ruminants ainsi que la vente du lait de vache.

Pensez-vous que cette innovation pallie efficacement les problèmes de transhumance et de disparition des espèces végétales à haute valeur d’appétence ?

Évidemment ! Vous avez bien vu. Si le principal but des BMN est de palier au déficit alimentaire attesté pour les ruminants pendant la saison sèche, il n’en demeure pas moins vrai que ces blocs entraînent plusieurs implications pour le développement dont la valorisation des ressources alimentaires locales, l’amélioration de la productivité du bétail, la promotion de la diversité agricole, la fourniture d’alternative pour les éleveurs transhumants, la diminution des charges en alimentation et de transports et l’amélioration du revenu des producteurs.

 La matière première, le matériel de fabrication et leur maitrise sont-ils accessibles aux éleveurs surtout en termes de coût ?

Les matières premières sont disponibles ; nous avons tablé avec nos ressources locales (tiges de céréales, fanes de légumineuses, son de riz, tourteaux de coton, coquilles d’huitre, sel, amidon de manioc, eau).

Outre l’aire de séchage et le magasin de stockage, les matériels et équipements nécessaires sont un broyeur mécanique ou électrique des fourrages, du matériel aratoire (pelles, fourches, arrosoirs, fûts, bassines, moules métalliques ou en bois, brouettes, pressoirs en bois ou en béton, emballages cartons ou sacs de jutes), du matériel de protection : gants, lunettes ou masques, bottes, du matériel de pesée et de mesure : pesons de portée 50 à 100 kg, un récipient de mesure d’eau de 1 à 10litres.

Tout est disponible et à la portée des éleveurs. J’avais peur au début pour le cout de cession du broyeur disponible au Centre Songhaï Parakou et COBEMAG qui est de 700 000 F CFA, mais j’ai vu des éleveurs le prendre individuellement. Toutefois nous faisons le plaidoyer pour que les éleveurs l’achètent en coopérative et mutualisent les investissements.

Le Gouvernement à travers un arrêté interministériel a interdit la transhumance transfrontalière. Ne pensez-vous pas que c’est une opportunité exceptionnelle pour la vulgarisation de cette technologie ?

 C’est une opportunité pour l’installation de microentreprises de fabrication de BMN dans les zones où la sécheresse dure six mois, sur les couloirs de transhumance. Avec un jeune technicien agricole et un agroéconomiste, nous avons essayé de positionner le produit à Djidja et à Boukoumbé. D’ici là les bilans se feront. Mais d’avance nous comptons aller plus loin les années à venir. Il faut dire aussi que le produit n’était pas du tout connu avant notre arrivée malgré les efforts de l’équipe COOP-BLOC en charge de la diffusion.

  Qu’entrevoyez — vous pour les BNM à court et à long terme ?

 Le premier défi c’est de réussir l’organisation des jeunes pour la collecte des résidus de récolte. Nous avons capitalisé dans l’expérience de cette année. Ensuite, investir dans la communication et poursuivre les tests d’alimentation auprès des leaders communautaires (éleveurs notamment). Nous avons aussi en projet de rendre disponibles de nouveaux aliments complets et à moindre coût pour les monogastriques (lapin, volailles) au Sud à partir de ressources végétales orphelines.

 

Propos recueillis : Méchac AWOKOLOITO

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