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ACMA 2 : Grâce à la farine panifiable de manioc, deux femmes de Covè sortent de la précarité

Il y a encore une décennie, le manioc ne servait qu’à produire le traditionnel gari, à être cuit à l’eau ou séché puis réduit en farine pour préparer la pâte. L’innovation agricole aidant, ce tubercule entre aujourd’hui dans produits boulangers. Félicité Kouana, et Gwladys Ahidazan toutes deux résidentes à Covè (dans le département du Zou),  ont découvert la farine panifiable grâce aux interventions du programme Approche Communal pour le Marché Agricole (ACMA). Après l’avoir expérimenté, elles l’ont adoptée et ne sont pas prêtes de l’abandonner.

Face au doute croissant dû à la qualité et au coût de la farine de blé mis sur le marché béninois, plusieurs expériences ont été développées autour du manioc. Celles-ci ont révélé que la farine de manioc peut être associée à celle du blé pour fabriquer d’autres produits alimentaires à forte consommation. Certains curieux se sont aventurés à le substituer exclusivement dans d’autres produits boulangers et pâtissiers et eurêka ! Le résultat est tel, qu’il n’y en a pas mieux en termes de rapport coût de production et rentabilité.

La farine panifiable de manioc est obtenue après pelage, mouture et séchage des tubercules de manioc. Une farine d’un blanc éclatant, fine, légère et au goût fade, qui, produite selon le respect d’un itinéraire spécifique, est presque confondue à celle du blé. Autrement, elle dégage une faible odeur de fermentée sans pour autant en affecter le goût. Cette dernière est retrouvée sur le marché et accessible à moindre coût.

À travers ses interventions depuis la phase 1, ACMA l’a introduit dans le programme de capacitation technique de ses bénéficiaires. Certains ont délaissé leurs anciennes activités au profit de cette farine en raison des coûts de production et ne jurent que par elle.

Félicité Kouana, traitant la farine panifiable pour en faire des gateaux

L’expérience inouïe de deux dames de Covè

Félicité Kouana, la quarantaine environ, était transformatrice de soja en fromage. Invitée par son mari à intégrer un groupement, elle devint bénéficiaire de la phase 1 du programme et suivit de nombreuses formations dans la transformation du manioc en gari puis en farine panifiable. Elle abandonna d’abord le fromage de soja puis le gari au profit de la farine panifiable à cause des nombreuses tracasseries qu’exigent ces produits et de la proximité quasi permanente avec le feu et la vapeur qui affectait sa santé. Convertie par nécessité, elle découvre une rentabilité aux croquettes et beignets respectivement appelés « kpékoun » et « atchonmon » dans ces localités. Avec trois kilos de cette farine vendue à moins de 200 FCFA le kilo (contre 400 à 500 FCFA le kilo de farine de blé), du sucre, quelques herbes aromatiques et un peu d’huile, elle fait le bonheur des petits écoliers de l’EPP Adogbé où elle les écoule. Le programme achevé, elle ne put devenir bénéficiaire de la phase 2, car frappée par le critère d’âge. Mais avec les connaissances acquises, elle continue dans cette lancée et réalise un chiffre d’affaires hebdomadaire, qui lui permet de subvenir à ses propres besoins, de contribuer aux charges du foyer et même de rembourser certains crédits qu’elle avait contractés. Très ambitieuse, elle entend se rapprocher des actuelles bénéficiaires pour accroître ses connaissances, car pour elle, la farine panifiable de manioc pourrait encore lui faire gagner davantage d’argent.

Gagner beaucoup plus avec cette farine, Gwladys Ahidazan, leader d’un groupe d’apprentissage de Houeko à Covè, en est un exemple. Cette jeune mère célibataire la vingtaine environ, a découvert la farine panifiable de manioc grâce aux interventions de l’ONG Gradeer, partenaire de la phase2 du programme ACMA. Avec un capital de départ de 2200Fcfa, elle a pu s’acheter un demi-sec de 50 kilos de manioc frais auprès des paysans. Elle produisit environ 20kilos de farine panifiable qui lui servit à fabriquer non seulement du kpékoun, du atchonmon, mais aussi de la « pâte mouillée ». Cette dernière est une sorte de croissant tendre, mais frit à l’huile avec du poisson haché à l’intérieur.

Ces produits s’écoulaient très rapidement et elle à continuer à en produire tous les jours. Avec les revenus, elle avait pu préparer le trousseau de son bébé, s’offrir des coquetteries (pagnes, bijoux, etc.) et même financer sa formation en coiffure. Aujourd’hui, elle n’est disponible que les lundis, et en produit seulement sur commande. Elle n’a pas abandonné la fabrication de la farine chez elle et en distribue d’ailleurs à des parents et amis. Glwadys produit également du kpékoun et du atchonmon dont les revenus lui servent à subvenir à ses besoins et à ceux de son garçon. Elle ne manque cependant pas d’ambitions, car bientôt elle compte expérimenter la préparation du « ablo youki » avec la farine panifiable de manioc qu’elle a appris dernièrement avec son groupe d’apprentissage, un gâteau qui se faisait habituellement avec de la farine de riz. Elle entend même renouer avec la pâte mouillée dès qu’elle aura sevré son petit garçon.

La production quantitative de la farine, le nouveau défi à relever

La farine panifiable de manioc constitue ainsi un réel substitut économique et rentable, comparativement à celle du blé trop couteuse. En boulangerie elle est utilisée en petite proportion dans la préparation du pain. Ceci pour arriver peu à peu à habituer les consommateurs à cet ingrédient. Même si l’utilisation de la farine panifiable n’est pas encore généralisée, plusieurs boulangeries de la localité sont impatientes de l’expérimenter. Il va de soi donc qu’elle doit être produit en grande quantité pour satisfaire à la demande qui va grandissante. Ainsi, le défi que souhaitent relever ces deux bénéficiaires d’ACMA2, est la production quantitative de la farine panifiable de manioc mais avant, elles souhaitent améliorer leurs connaissances des techniques de conservation et de conditionnement de la farine panifiable dans des sacs.

En attendant dames Félicité et Gwladys continuent leur bonhomme de chemin avec la farine panifiable de manioc et s’imposent dans leur communauté comme des femmes battantes.

 

Méchac Awokoloïto

 

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