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L’héliciculture, une créatrice de riches méconnue du public

Très peu connue et ignorée de nombre d’acteurs, l’héliciculture ou encore l’élevage d’escargot est une activité à forte rentabilité. Alors que l’entrepreneuriat agricole se présente de plus en plus comme une solution au chômage, certains jeunes s’intéressent de près à cette activité. Entre mythe social et recherche de gains, nous vous emmenons à la découverte de cette forme d’élevage qui nourrit et enrichit son homme en toute discrétion.

Appartenant à la famille des colimaçons, les gastéropodes vulgairement appelés escargots existent en plusieurs genre. Au Bénin, seulement deux genres sont connus et très consommés notamment l’Archachatina marginata, appelé communément « Escargot géant de l’ouest africain » et l’Achatine foulque encore appelé « Escargot géant africain. Ce sont d’ailleurs les seuls qui retiennent l’attention des éleveurs de ces mollusques.  Si autrefois, il est facile de disposer de l’escargot en saison pluvieuse, il se fait de plus en plus rare sous la pression anthropologique. On doit alors recourir aux éleveurs pour en disposer.

Un processus de production peu couteux

L’élevage d’escargot est probablement l’une des activités du secteur agricole qui n’exige quasiment rien en termes de moyen de l’entrepreneur. Avec juste quelques individus matures de la variété de son choix, l’aspirant à l’héliciculture peut lancer sa production. Ces premiers individus peuvent être ramassés dans la nature en saison pluvieuse, période au cours de laquelle les escargots apparaissent massivement.

De même, le cadre d’élevage est peu contraignant. Avec des cages spécialement conçues en bois ou en bambou appelées escargotières, ou encore des paniers installés près d’une végétation et à l’abri du soleil, les escargots vivent à leur aise. Étant de grands herbivores, ils sont peu exigeants quant à leur alimentation. Juste avec des feuilles de manioc, de patate douce, de la laitue ou des fruits découpés en morceau et de l’eau à changer régulièrement, la production se portera au meilleur de sa forme. Ce régime d’alimentation serait davantage bénéfique pour une croissance rapide des escargots s’il est suppléé avec une composition alimentaire plus riche. En effet, sur le marché, la valeur d’un escargot est définie à sa taille et à son poids apparents. Pour accélérer la croissance coquillère et pondérale, garantir un taux optimal de pondaison et d’éclosion des œufs en temps record et de réduire le taux de mortalité des naissains, les éleveurs élaborent une «provende» exclusivement à base de farines de céréales et de tourteaux de palmistes. Aucun complément en produits chimiques ou en médicaments n’intervient dans cette composition riche en calcium et en minéraux. Dans leur milieu naturel, les escargots retrouvent ces nutriments dans le sol.

Les gastéropodes sont par ailleurs des animaux très prolifiques. Ce sont d’ailleurs des hermaphrodites, il n’y a donc pas en leur sein de distinction entre mâles ni de femelle et peuvent donc tous se reproduire simultanément. Après cinq mois de croissance, les escargots sont assez matures pour s’accoupler et se multiplier. Élevés dans des conditions idéales, les héliciculteurs estiment que les escargots peuvent produire en moyenne 2400 œufs par an pour l’espèce Achatine foulque et 204 œufs par an pour l’espèce Archachatina marginata. Avec un taux d’éclosion et de mortalité de naissains rigoureusement maitrisés, l’effectif des escargots peut être décuplé en un seul cycle de production.

Sensibles à l’hydrométrie et à la température ambiante, les escargots ont besoin d’humidité régulière et d’être protégé contre la lumière. C’est ce qui leur vaut l’appellation d’animaux à sang froid. Ce sont par ailleurs des proies faciles pour les rongeurs, les oiseaux et les insectes de toutes sortes. Les escargots effectuent leurs échanges gazeux par la peau et sont de ce fait vulnérables sur cette partie. Le piment et le sel sont considérés comme leur « totem », car au moindre contact avec l’un de ces éléments, l’élevage peut être réduit à néant. Toutefois, aucune pathologie n’a été détectée chez les gastéropodes. Cette qualité fait d’ailleurs d’eux une denrée massivement demandée sur le marché.

« La viande d’escargots est la plus chère… »

Si la production de l’escargot est très avantageuse, il est dû en grande partie à  son potentiel commercial. « La viande d’escargots est la plus chère sur le marché aujourd’hui », déclare Emmanuel Tito, responsable de l’entreprise Tito Snail. Le témoignage de cet éleveur d’escargots et coach en héliciculture prouve que cette activité est très rémunératrice, quel que soit le maillon de la chaine de production choisi. Les escargots sont principalement destinés à deux finalités notamment la consommation et l’industrie pharmaceutique et cosmétique.

Selon Emmanuel Tito, le plat de brochettes d’escargots varie de 10 000 à 25 000 francs CFA dans les restaurants de la place. Sur le marché local, la quarantaine de pieds d’escargots traités et non cuits est à 6000 mille francs. Ainsi, un héliciculteur ayant plusieurs clients ne risque pas de chômer, car la demande a toujours excédé l’offre.

De même, les secteurs de la pharmacie et de la cosmétique manifestent un intérêt grandissant pour l’escargot, du moins pour sa bave. D’après des résultats de laboratoire, la bave des gastéropodes est riche en collagène, en élastine, en protéines, en allantoïne et en acides glycoliques. Ces derniers sont des principes actifs ayant des propriétés anti-inflammatoires et réparatrices des imperfections de la peau. Cette bave est donc devenue une mine d’or que les acteurs de ces secteurs disputent auprès des héliciculteurs. Selon les confidences d’Emmanuel, le litre de la bave d’escargot fraichement prélevée (sans besoin de tuer l’animal) est cédé à 25 000 Francs. Une bave qui est ensuite purifiée et filtrée avant d’être transformée.

L’héliciculture se présente ainsi, comme une filière d’avenir même si elle est encore embryonnaire et très peu connue.

Méchac Awokoloïto

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