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« Les jeunes ne se font pas assez confiance pour aller ensemble dans l’agrobusiness »

Bénéficiaire du projet CARE mis en œuvre par IITA (Institut international d’agriculture tropicale) sur financement du FIDA (Fonds international de développement agricole), Gildas Kadoukpè Magbondé doctorant en macroéconomie appliquée  a entrepris une étude sur la perception des jeunes par rapport à l’Agrobusiness et l’effet des institutions sur la participation des jeunes à l’agrobusiness au Bénin. A quelques semaines de la fin de ses recherches, il nous livre dans un entretien, quelques résultats de son étude.

AGRATIME : Quel regard portent les jeunes sur l’agrobusiness au Bénin ?

Gildas Kadoukpè Magbondé : Il faut dire de manière générale et contre toute attente que les jeunes ont une perception favorable de l’agrobusiness, qu’ils soient dans le secteur ou dans d’autres domaines d’activités. Contrairement à ce qui est dit, ils savent désormais que l’agrobusiness est un secteur à très forte valeur ajoutée et à très forte productivité. Ils savent aussi que l’agrobusiness peut jouer un rôle important dans l’atteinte des ODD (Objectif du Développement Durable). C’est dire que l’agrobusiness peut contribuer à la réduction de la pauvreté et du chômage, il peut aussi contribuer à accroitre le revenu des jeunes et à leur donner un statut social dans la société.

Sur le plan socioéconomique, j’ai constaté que les jeunes n’ont pas accès ni aux connaissances techniques, ni au marché. Ceci les empêche aujourd’hui d’accéder à l’agrobusiness et d’y être performant.

En dehors de cette raison que vous venez d’évoquer, qu’est-ce-qui empêche les jeunes de s’engager durablement dans ce secteur ?

Il y a un facteur très essentiel qui se dégage comme une constance de notre étude : C’est la confiance. Nous avons remarqué que les jeunes béninois ne se font pas confiance entre eux, alors que c’est un élément important dans l’entreprenariat. Ce qui les empêche d’ailleurs de se mettre en coopérative afin de bénéficier du financement auprès des institutions financières. Il faut aussi reconnaitre qu’une société au sein de laquelle il y a un manque de confiance ne peut prospérer du point de vue économique parce qu’en affaire, la confiance est indispensable entre partenaires et vis-à-vis des clients.

Gildas Kadoukpè Magbondé (à gauche) avec d’autres bénéficaires du projet CARE lors d’une formation à Ibadan (Nigéria) le 11 novembre 2019

Aussi, les institutions étatiques ne font pas assez pour accompagner les jeunes. Nous avons constaté au cours de notre étude que l’une des raisons  qui empêche fondamentalement les jeunes de s’engager dans l’agrobusiness au Bénin est la sécurisation du foncier. Vous voyez des gens qui s’engagent et investissent dans la production puis du jour au lendemain ils se font déposséder de la terre par un individu. Comment pourront-ils rentabiliser ce qu’ils font ? En fait, la hausse des coûts de transaction, consécutive à la non protection du droit de propriété, est prohibitive à la participation des jeunes à l’agrobusiness. En dehors de ça, nous avons mis l’accent sur la qualité du  système judiciaire. Les affaires donnent souvent lieu à des conflits, donc il faut que le jeune soit sûr que lorsqu’il sera en face des juges, il sera jugé de façon objective.

On s’est aussi rendu compte que les lourdeurs  administratives qui retardent parfois la formalisation des entreprises, ne motivent pas la participation des jeunes à l’agrobusiness. Cependant nos investigations ont montré que ces derniers temps, le gouvernement fait assez d’effort dans ce sens.

Les recherchent antérieures ont montré que quatre facteurs sont favorables à l’engagement des jeunes dans l’agrobusiness : l’accès à la terre, l’accès au marché, l’accès aux connaissances et l’accès au crédit. Aujourd’hui, nous devons ajuter les arrangements institutionnels qui sont aussi importants. Nous appellerons arrangements institutionnels, ce que font les politiques pour accompagner les jeunes. Sur le fond, les jeunes ne sont pas informés. Ces jeunes ont avoué qu’il n’y a pas de projets ou de programmes assez développés pour leur permettre d’avoir accès au marché et aux connaissances techniques en agrobusiness ; sans oublier les services financiers.

Quel est l’impact du non-engagement des jeunes sur l’économie agricole au Bénin ?

Je n’ai pas fait une étude sur l’impact du non-engagement des jeunes dans l’économie agricole, mais je pourrais dire compte tenu des statistiques que l’agriculture est un secteur vital au Bénin puisqu’il contribue à plus de 40 % du PIB et emploie plus de 70 % de la population active. On le sait aujourd’hui, le Bénin n’a pas de ressources naturelles, il ne transforme pas ses produits non plus. Dans un tel pays, si les jeunes ne participent pas à l’agrobusiness, donc à long terme on peut avoir des problèmes d’insécurité alimentaire. Et eux-mêmes, puisqu’ils sont sans emploi, le chômage va s’amplifier.

Quel lien faites-vous entre la production à la base, l’agrobusiness et la sécurité alimentaire ?

L’agrobusiness n’est plus un secteur comme l’agriculture que faisaient nos parents, c’est-à-dire l’agriculture de subsistance. Donc il ne faut pas juste produire pour la famille, mais il faut produire, transformer. Alors, quand l’agrobusiness devient un secteur vital, tout le monde aura accès à la nourriture. Donc en termes de sécurité, il y aura la disponibilité alimentaire et puisque les jeunes auront déjà de l’emploi, alors l’économie se portera mieux.

Quelles recommandations faites-vous alors aux différents acteurs à travers votre étude ?

Mes recommandations vont à l’endroit des arrangements institutionnels. Il faudrait que l’État mette en place des politiques d’accès aux connaissances techniques pour les jeunes. Ils ont de l’ambition ; ils ont une perception favorable de la chose ; ils finissent l’université mais beaucoup de fois, il leur manque les connaissances agricoles indispensables pour véritablement s’engager dans l’agrobusiness. Il faudrait déjà que l’État mette en place des politiques de formation et d’accompagnement pour eux. C’est là le premier palier.

Le second palier important, c’est l’accès au marché. Il faudrait que l’état mette en place des politiques ne serait-ce qu’une plate-forme  pour pouvoir lier producteurs et demandeurs de produits agricoles. Les contrats agricoles sont aussi importants pour faciliter l’accès au marché. Les jeunes pourront ainsi éviter de supporter les conséquences des produits avariés.

Par ailleurs, la confiance est un élément très important dans la société, il faudrait donc que l’Etat par des sensibilisations, essaie de transformer la mentalité des jeunes afin qu’ils aient  confiance entre eux et qu’ils travaillent en coopératives pour avoir accès au crédit. C’est seulement ceux qui se mettent en coopératives qui ont accès au crédit, parce que les institutions financières jouent sur la caution morale. Or les jeunes n’ont pas de garantie.

Propos recueillis par André Tokpon

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