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Dr Ramadjita Tabo « Le sahel a le potentiel pour devenir le ‘’food basket’’ ou à défaut être auto-suffisant »

Au détour du Forum sur la révolution verte en Afrique (AGRF) qui se tient cette année à Accra au Ghana, Dr Ramadjita Tabo, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de l’International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics (ICRISAT), s’est livré sur les défis liés à la sécurité alimentaire dans le sahel et les technologies déployés par sa structures au profit de ses partenaires.  

AGRATIME : Qu’est-ce qui motive votre participation à l’AGRF 2019 ?

Dr Ramadjita Tabo : Je suis ici pour partager mes expériences avec d’autres partenaires. L’ICRISAT est un partenaire privilégié des programmes comme le TAAT (Technologies for African Agricultural Transformation, ndlr), dont nous coordonnons le compact sur le sorgho et le mil dans cinq pays du sahel. L’ICRISAT a beaucoup d’expériences sur les zones semi-arides surtout le sahel à pluviométrie faible et au cours de ce forum,  nous avons eu beaucoup des discussions avec les partenaires comme avec l’USAID et autres, sur comment aider le Soudan du Sud dans son agriculture. Aussi, nous avons eu une discussion sur le partenariat public-privé sur les semences améliorées pour voir comment faire pour que ces semences puissent atteindre les producteurs. C’est beaucoup de choses à la fois, mais comme le thème de cette conférence c’est la numérisation de l’agriculture, je pense que c’est une bonne chose qui va attirer les jeunes dans l’agriculture, parce que le taux de chômage des jeunes est très élevé. C’est un thème qui nous intéresse beaucoup à l’ICRISAT parce qu’on  a une unité de  et de télédétection.

Quelles sont les technologies que vous mettez la disposition du programme TAAT?

L’ICRISAT est en train de travailler sur plusieurs technologies. D’abord il y a l’aspect variétal car nous avons des variétés de mil et de sorgho qui sont résistantes à la sécheresse. Comme avec les changements climatiques, la pluviométrie baisse, nous avons développé des variétés qui arrivent à maturité avant la fin de la saison. Donc c’est non seulement des variétés précoces de mil et de sorgho mais c’est aussi des variétés qui donnent des rendements élevés et qui sont à utilisation double. Nous voyons que pour le sorgho et le mil, les tiges sont utilisées pour l’alimentation du bétail c’est pour dans le TAAt on collabore avec l’ILRI (International Livestock Research Institute, ndlr) sur le « livestock compact ». Nous avons donc des variétés donc les tiges sont succulentes et nous avons aussi des variétés qui sont tolérantes aux insectes comme le striga qui est un gros problème dans les céréales.

Dernièrement nous avons commencé à travailler avec les partenaires sur la chenille légionnaire qui est un gros problème pour les céréales. Ce sont donc ces technologies qu’on essaie de transférer aux producteurs dans les sept pays où intervient le compact sorgo-mil que sont le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Tchad, le Sénégal et le Nigéria.

Quels sont les défis liés à la transformation du sahel avec ce compact Sorgho et mil ?

Concernant nos défis, je les mets en ordre de priorité.  Nous avons des variétés performantes de mil et de sorgho mais il n’y a pas les semences parce que le paysan, lui il récolte ses propres semences pour les variétés locales. Quand on parle des hybrides, il faudrait que le paysan achète des semences chaque année. Il faudrait donc qu’il y ait un système de subvention pour aider les paysans à avoir accès aux variétés améliorées de sorgho et de mil.  

Nous avons aussi les défis liés à l’utilisation des intrants. Voyez-vous, l’engrais coûte cher. Un sac de 50kg de NPK ou d’urée coûte à peu près 20 dollars et le paysan n’a pas accès à cela. Nous, nous avons développé une technologie qu’on appelle la « microdose » qui est l’utilisation des petites doses d’engrais que le paysan met sur les plantes et qui augmentent le rendement comme ça, il réduit la quantité d’engrais dont il a besoin. Je pense donc que si on appuie les paysans pour avoir accès aux engrais, aux semences améliorées hybrides de sorgho et de mil, nous devons améliorer les infrastructures pour lier le paysan au marché car si le paysan augmente sa productivité, il faudrait qu’il vende l’excès au marché pour avoir des revenus et améliorer sa vie. Le sahel a le potentiel devenir le  « food basket » ou à défaut être auto-suffisant pour qu’il n’y ait plus de famine quelque soit la sècheresse.

Comment percevez-vous l’avenir de l’agriculture africaine ?

L’agriculture africaine a un avenir radieux. Avec le thème de la conférence de cette année (AGRF2019, ndlr) qui est l’utilisation des nouveaux outils de numérisation et d’information dans l’agriculture, je pense que les pays africains et les décideurs politiques se sont appropriés de l’agriculture. Le pétrole et l’or c’est très bon mais ce n’est pas ça qui va faire une économie solide de l’Afrique. Donc si les décideurs politiques prennent la chose au séreux, il ne reste plus qu’à investir dans la recherche aussi car pour l’instant c’est des projets qui sont financés par l’USAID, TAAT et autres. Il faudrait que les pays eux-mêmes investissent dans la recherche pour que l’agriculture africaine se transforme.

Il faut aussi éduquer et renforcer la capacité des paysans dans l’utilisation des nouvelles technologies. Il faut aussi renforcer les capacités des vulgarisateurs pour qu’ils puissent être de bons liens entre la recherche et le paysan. Il faut aussi sensibiliser et renforcer les jeunes pour qu’ils quittent les villes pour aller à l’agriculture mais pour cela, il faut qu’ils aient accès aux crédits parce qu’on ne peut pas demander aux jeunes d’aller faire l’agriculture s’ils n’ont pas les moyens. Il faut donc que le secteur privé aussi appuie ces jeunes pour qu’ils aient accès aux crédits et aux intrants.

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