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Café Ben’Agro 3 : Charles Acakpo expose les difficultés liées à l’agriculture urbaine

Pratiquée depuis plusieurs décennies au Bénin, l’agriculture urbaine ou le maraîchage est devenue une activité pourvoyeuse de devises et une alternative au chômage des jeunes. Zoom sur une activité confrontée aux variations climatiques et à l’urbanisation galopante avec Charles Acakpo, Président de l’Association des maraîchers du site de Houéyiho, invité du 3ème numéro du Café Ben’Agro.

« L’agriculture urbaine constitue aujourd’hui une source d’emploi pour les jeunes », dira d’emblée celui dont l’entrée dans ce secteur est due à un échec scolaire. Charles Acakpo, dont le parcours force admiration parmi les siens, a commencé ses premiers pas dans le maraîchage étant élève, au cours de la période de l’école nouvelle. Mais entre-temps, il a fait une expérience en transit qui n’a pas prospéré et il a dû revenir à sa première passion : le maraîchage. Et depuis 1985, il vit de cette activité, sa principale source de revenus.

Naissance de l’association des maraîchers

Autrefois installé dans la zone du Gondwana, Charles Acakpo a été convié avec certains de ses pairs à s’installer sur le domaine de l’ASECNA à l’occasion du sommet de la francophonie en 1995. C’est le début d’une autre nouvelle histoire. D’une seule coopérative, il a incité à la création de quatre nouvelles coopératives au sein du centre maraîcher de Houéyiho. La raison était telle que lors des « réunions, on remarque que les coopératives qui ont 15, 20 personnes ont les mêmes droits que nous qui sommes près de 300. » Dès lors, chaque groupement créé a son conseil d’administration, son règlement intérieur et son critère d’adhésion.

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A la tête de ses cinq entités, se trouve Charles Acakpo représentant le centre maraîcher de Houéyiho auprès des autorités de l’ASECNA et celles étatiques. « C’est le lieu de remercier l’ASECNA qui a mis à notre disposition gratuitement le domaine de plus de 17 hectares dont 6 dans le bas-fond », confie le maraîcher. Il a fait faire un recensement pour dénombrer 334 maraîchers dont 54 femmes qui pratique cette activité sur ce domaine. Parmi les femmes, certaines cumulent le maraîchage avec la vente de légumes.

Le maraîchage, une activité contraignante

Faire le maraîchage sollicite une activité et un suivi permanent de l’entrepreneur. Mais aussi une présence quotidienne pour désherber, tracer, repiquer ou toute autre activité d’entretien, et arroser. Par ailleurs, à cause du sol sableux, il y a des cultures qui ne peuvent pas se faire, l’activité humaine urbaine est également un handicap, alors que la production maraîchère (feuilles de vernonia, grande morelle, betteraves, oignons, carottes,…) est fortement demandée en milieu urbain.  La production d’au moins neuf tonnes de légumes le jour au centre maraîcher de Houéyiho ne suffit pas à satisfaire la seule demande de Cotonou.

Charles Acakpo (en blanc) encadré des deux animateurs du café ben’agro3

 

Maraîchage, changements climatiques et herbicides

Le centre de Houéyiho est le plus souvent, à tort ou à raison, considéré comme un centre dont les produits contiennent du plomb et du gaz. « C’est un faux problème », rétorque le Président de l’association des maraîchers de Houéyiho. Et pour démontrer le contraire, il a expliqué qu’avec le professeur Fayomi et le Docteur Tohon, ils travaillent à prouver à la population, à travers des tests effectués sur leurs semences, la qualité de leurs cultures. A cet effet, des prélèvements sont faits sur les cultures, sols et eaux du centre pour une étude en laboratoire au Canada. Cette étude dont les premiers résultats sont négatifs à toute présence d’éléments chimiques, sera présentée au public prochainement lors d’une conférence de presse.

En revanche, Charles Acakpo ne nie pas l’utilisation d’herbicides dans leur production. Mais, insiste-t-il : « nous utilisons des produits agrées par les autorités du Cader. » Et pour un contrôle de l’utilisation de ces produits sur le terrain, il a mis en place une brigade phytosanitaire : « elle veille au respect de la période d’actions des produits sur les cultures, ce qui fait qu’un maraîcher ne peut pas vendre les produits traités quelques jours auparavant. J’ai renvoyé il y a quelques semaines un ouvrier qui n’a pas respecté le délai après traitement (10 jours) avant de vendre leurs produits », rassure Charles Acakpo. Une bonne variété d’intrants est utilisée dont l’engrais, le NPK, le composte et les fientes.

« Les herbicides que nous utilisons sont pour les herbes, arbres et les chiendents. Ceux qui font le coton et les forêts ont leur herbicide qui contient du glyphosate », rassure-t-il. Quant au maraîchage bio, aucun maraîcher de Houéyiho ne peut certifier qu’il le fait, car l’environnement ne s’y prête pas. Mieux, l’eau de ruissellement ou les aléas emportent les produits chimiques utilisés par un tiers vers les autres espaces étant donné qu’ils ne sont pas scindés avec des clôtures. Le Président de l’association des maraîchers de Houéyiho, Charles Acakpo et toute son équipe pensent déjà à l’acquisition d’un nouveau terrain pour exploitation.

Géovanny KAKPOVI

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