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Karité : « J’ai foi en notre dispositif fonctionnel et nous irons à mille tonnes d’amandes cette année » dixit Nicolas N’Tcha

Petit à petit, la campagne de karité 2019-2020 s’installe. Pendant que le ramassage des fruits bat son plein avec une saison qui s’annonce mieux que la dernière, les unités de transformation et de production d’amandes de karité mettent les bouchées doubles pour tourner à plein régime. Installée à Oubérou (au nord du Bénin, ndlr) Wakapou fait partie d’elles. Spécialisée dans la production d’amandes bio, cette start-up s’apprête à engager sa deuxième année d’exercice. Dans cette optique, nous avons rencontré Nicolas N’Tcha, directeur adjoint de ladite société qui nous livre dans un entretien, les résultats, les perspectives et les difficultés de Wakapou.

AGRATIME : Comment se porte Wakapou aujourd’hui ?

Nicolas N’tcha : Je  dirai que Wakapou est un bébé né avec les dents parce que nous sommes à notre seconde campagne. Dès la première campagne, on était prêt. On avait un dispositif qui a fonctionné, on a eu des systèmes qui ont fonctionné, on a eu un personnel qui nous a accompagnés tout au long de notre première année. On a eu également l’accompagnement de nos partenaires qui sont les femmes, les ramasseuses, qui étaient au rendez-vous.  On n’a pas eu de difficultés de mobilisations la campagne passée. Et cette année, ce bébé est maintenant un peu essoufflé non pas à causes des problèmes, mais à cause des bons problèmes. De bons problèmes parce qu’à partir de la deuxième année on mesure la limite de nos équipements et de notre système. Ce qui fait qu’on est en train de pouvoir recadrer à travers tout ce qu’on traverse comme capacités, comme  volumes. Notre chaine de transformation est mise en place sur la base d’une capacité qui devrait être approvisionnée. On se rend compte que nos machines sont débordées par rapport aux volumes qui entrent. Donc Wakapou se porte bien avec de bons problèmes.

Quels ont été vos objectifs l’année dernière et quelles ont été les quantités atteintes ?

Nous avons prévu expédier 500 tonnes d’amandes l’année dernière. Mais vu la charge de tout ce qu’il fallait apprêter comme procédure de certification, mise en place des systèmes, le test des machines, nous n’avons pu obtenir des femmes que 737 tonnes de fruit et d’expédier 213 tonnes d’amandes.

Lire aussi : Élisa Cartier : « J’ai voulu aller au Bénin…pour découvrir cette forme d’agriculture »

 

Quelles sont vos perspectives pour cette deuxième année ?

Pour cette deuxième année, on a en perspective de quitter l’amande pour le beurre. Il faut passer à la transformation de la matière première que nous obtenons pour expédier le beurre. Ça, c’est une perspective principale.  Par rapport aux capacités de cette année, je crois que nous pourrions faire des volumes que je ne peux me permettre d’estimer. Mais j’ai foi en notre dispositif fonctionnel cette année, j’ai foi en tout ce que nos partenaires, c’est-à-dire les coopératives, déploient comme organisation, comme mobilisation de quantité, que nous irons à mille tonnes d’amandes cette année.

Avec combien de coopératives êtes-vous partenaire?

Nous avons cinq coopératives certifiées avec nous. Elles mobilisent chacune au moins une vingtaine de femmes par jour pour le ramassage des fruits.

Nicolas N’Tcha au milieu de ses collaboratrices, contrôlant les stocks d’amandes de karité à l’unité de production de wakapou le 08 juillet 2019

 

De quelles localités viennent-elles ?

Nous travaillons avec cinq coopératives. La coopérative la plus proche de nous où Wakapou est basée, est celle de Oubérou, suivie de la coopérative de Sinahou. Ensuite nous avons la coopérative de Banigri puis celle de Kaki-koka en quatrième position. La dernière coopérative est celle de Kpéssou-samari.

Selon votre expérience, le système déployé par Wakapou convient-il à ces femmes qui contractent avec vous ?

L’année dernière, nous avons effectué un test avec les modalités de paiement, les prix de base, etc… Cela nous a permis de sonder l’avis des femmes par rapport au prix et par rapport aussi à leur motivation. Et cette année, comme à notre habitude, nous rencontrons les femmes en l’occurrence les responsables de chaque coopérative avant le début des activités. On discute un peu pour avoir une idée de leur avis par rapport à la campagne écoulée. Elles ont alors suggéré que nous revoyons à la hausse les prix d’achat des fruits, ce qui a été fait. On a été surpris de sentir une joie émouvante de ces femmes lors de la première quinzaine de paiements. Donc les femmes sont plus que déchainées et motivées. Elles sont d’accord, elles ont applaudi et elles l’ont montré à travers les volumes que nous réceptionnons chaque soir.

Est-ce que la campagne s’annonce bien ?

Évidemment, elle s’annonce très bien. Mais on nous sommes confrontés à un problème d’ordre naturel qui n’est pas maitrisable : c’est la pluie.  La campagne de karité se déroule en pleine saison pluvieuse. C’est le seul obstacle que nous ne pouvons pas maitriser parce qu’aller en forêt demande à traverser les ravins, des marigots qui ne sont pas aménagés. Donc les tricycles parfois sont limités quand les pluies sont abondantes. C’est le seul obstacle sinon la campagne s’annonce très bien. Les femmes font de bons volumes. Nous avons remarqué qu’une femme arrive à ramasser par jour au moins deux cents kilos de fruits. C’est très important. Donc la campagne s’annonce très bien. Sauf le facteur naturel auquel nous sommes confrontés,  nous croyons que nous allons atteindre nos objectifs.

Vous avez  apparemment des difficultés avec la société que vous fournissez. Quelles sont déjà ces difficultés ? Est-ce que ces difficultés pourraient entraver vos objectifs ?

C’est triste parce que Wakapou depuis sa première campagne a déployé tout ce qu’il avait comme énergie, a recruté du personnel et est allé jusqu’à se faire enregistrer pour être à jour. Tout ça, ce n’était pas pour le plaisir de la société, mais pour être à jour vis-à-vis de notre partenaire. Et c’est très choquant d’apprendre cette année qu’il n’est pas en train de suivre les clauses contractuelles. Et ça va entraver beaucoup de choses, parce que nous n’attendons pas et on n’a jamais attendu pour être prêt. Même quand la campagne n’a pas encore commencé, l’équipe administrative de Wakapou est là juste pour rassurer le client de la traçabilité, la qualité et que l’image de la société répondra à ses attentes. Mais c’est très décevant d’apprendre que ce client n’est pas aussi motivé que nous le sommes.

La saison de karité s’annonce prometteuse avec des arbres plein de fruits

 

Quel sera l’impact de ce manque de motivation de la part de votre client sur les activités de Wakapou?

D’abord ce sera la démotivation de nos premiers partenaires c’est-à-dire les coopératives. Qu’allons-nous faire pour maintenir cette ambiance ? Parce que wakapou est entre le client et le fournisseur. Nous nous demandons comment elles vont s’y prendre et quelle serait leur condition de vie ? Puisque nous avions déjà lancé la campagne et elles ont constaté un changement dans leur condition de vie et de travail. Comment elles vont s’y prendre si elles se rendent compte que le client est en train de résilier le contrat ? C’est déjà un problème. Chaque saison, Wakapou engage une quarantaine de jeunes dans le village (Oubérou, ndlr). Quelle serait la réaction de ces jeunes ? Ainsi, on remet en cause, à travers un client qui n’est pas déterminé, tout le système qu’on a mis en place, toute la confiance que la communauté, nos partenaires  même le gouvernement a mis en nous en mettant en place un système pour nous faciliter l’accès aux expéditions. Donc si le client ne respecte pas ses obligations, c’est qu’il salit l’image de Wakapou vis-à-vis de tous ces partenaires locaux, mais aussi du personnel administratif. Ainsi, nous sommes obligés de replier bagage et là s’annonce l’éléphant blanc qui apparait à Oubérou. Et c’est là l’objectif de ce client, nuire à notre réputation auprès de nos partenaires.

Propos recueillis par André TOKPON

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