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Moïse Obayomi Adégnika « nous écartons tout risque d’utiliser des variétés génétiquement modifiées »

Dans le but de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations des départements dans lesquels il intervient, le programme Approche communale pour le Marché Agricole au Bénin Phase 2 (ACMA 2) a identifié des actions prioritaires. Parmi celles-ci figure la facilitation de l’accès aux semences améliorées au profit des producteurs bénéficiaires du programme. Dans un entretien à nous accorder, Moïse Obayomi Adegnika, ‘’spécialiste innovations agricoles et accès aux intrants du programme ACMA2’’ a accepté d’éclairer notre lanterne sur les impacts de cette initiative sur les revenus des producteurs et ses avantages pour les populations.

 

 AGRATIME : Dites-nous qu’est-ce qu’une semence ?

 Moïse Obayomi Adegnika : Dans le jargon technique, on désigne par semence, tout matériel ou organe végétal ou partie d’organe végétal, tels que les : graines, boutures, bulbes, greffons, rhizomes, tubercules, embryons, susceptibles de reproduire un individu.

Quelles sont les spéculations dans lesquelles le programme ACMA2 apporte des semences améliorées aux producteurs ?

Le programme ACMA2 intervient sur six spéculations végétales dont : le Maïs, le Soja, l’Arachide, le Piment, le Manioc et le Palmier à huile. Il ne produit, ni ne vend de semences améliorées et/ou certifiées, mais facilite son accès aux producteurs et productrices de ses zones d’intervention, dans le cadre de son programme d’intensification agricole.

 D’où viennent alors ces semences que vous fournissez aux producteurs ?

 Il existe une organisation nationale pour la mise à disposition des semences améliorées et certifiées, sous la responsabilité régalienne de l’État à travers le ministère de l’agriculture et ses directions techniques ; l’objectif étant de garantir la qualité des semences améliorées et certifiées pour permettre de conserver aux variétés, leur potentiel de production. Dans ce cadre, le Système National des Recherches Agricoles (SNRA) s’occupe de la sélection variétale et de l’amélioration génétique des variétés qui permettent d’aboutir à des semences améliorées, tandis que l’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB) et la Direction de la Production Végétale (DPV) s’occupent de la multiplication desdites variétés pour aboutir à des semences certifiées. Ainsi, les semences de prébase (maïs, arachide, soja, palmier à huile et bouture de manioc) sont produites par l’INRAB. Quant aux semences de base, elles sont produites par l’INRAB ou des multiplicateurs de semence formés à cet effet par et sous le contrôle rigoureux des services de recherche de l’INRAB.

La DPV à travers son Service National Semencier (SNS) organise la production de semences certifiées par les producteurs multiplicateurs de semences, formés et suivis rigoureusement par elle, pour garantir la qualité des semences à mettre en place en milieu producteur.  Le programme ACMA2 quant à lui, appuie la production des semences à travers des sessions de formation au profit des semenciers et facilite l’approvisionnent en semences certifiées au profit des producteurs qu’il encadre.

Comment le programme ACMA 2 s’assure-t-il que ces semences améliorées ne sont pas des organismes génétiquement modifiés (OGM) ?

 À ce jour, le Bénin n’a pas encore fait l’option des OGM, je dirai même que les OGM restent officiellement interdits au Bénin en raison des moratoires pris par les gouvernements qui se sont succédé pour l’interdire. Ainsi, aucune structure officielle de l’État ne peut en produire, donc en nous approvisionnant dans le circuit étatique formel, nous écartons tout risque d’utiliser des variétés génétiquement modifiées.

Visite au champ école de akpambou, ketou 5

 

Quel est le dispositif mis en place par ACMA2 pour fournir ces semences aux producteurs et s’assurer que les itinéraires techniques y afférentes ont été respectées ?

 Le programme ACMA2 à travers son volet innovations agricoles et accès aux intrants mènent sur le terrain plusieurs activités entrant dans le cadre de l’intensification agricole. Nous avons en premier lieu les champs pédagogiques de démonstration (CPD). C’est un dispositif formé de deux mini-parcelles correspondant l’une à la pratique paysanne et l’autre à une option d’intensification de la production de la culture ciblée à démontrer. Il est délimité sur l’exploitation du producteur ou de la productrice et sert à faciliter le processus d’apprentissage collectif aux producteurs. Cela permet de comprendre l’utilité des nouvelles pratiques en vue de les adopter et/ou adapter à leur système de production. Les bonnes pratiques agricoles contenues dans les options d’intensification promues par le programme ACMA2 intègrent l’utilisation systématique de variétés de semences améliorées et certifiées de toutes les cultures concernées, les techniques de gestion intégrée de la fertilité des sols, des ravageurs et maladies des cultures.

Il y a aussi l’Appui Spécial à l’Intensification Agricole (ASIA). Il s’agit d’une opération initiée par le Programme ACAM2 et qui vise à susciter à travers la mise à disposition de kits de production tels que les semences améliorées ou certifiées, les engrais minéraux et/ou organiques, les pesticides, etc ; l’application des options innovantes de production éprouvées, pour améliorer les niveaux de rendement, accroitre le volume des offres de produits sur le marché et les revenus agricoles des producteurs/trices. Le programme ACMA2 dans sa politique de faire-faire, a contracté avec des services d’appui chargés de l’opérationnalisation de ses activités sur le terrain, à partir d’une sélection basée sur la capacité prédominante des structures intervenant dans le secteur. Au total cinq structures dont trois organisations professionnelles agricoles (FUPRO-Bénin[1], ANaF-Bénin[2] et UNPS-Bénin[3]) et deux 2 ONGs (Africa Green Corporation et ADDB-ONG[4]) ont été retenues au titre de l’année 2019, pour déployer au moins 126 techniciens sur le terrain pour un suivi rapproché des producteurs.

Combien de départements et de producteurs ont déjà été impactés par ces semences ?

 Au moins 82 CPD sont prévus pour cette année 2019 et ont été installés à travers 28 communes dans les 4 départements couverts par le programme ACMA2 à savoir l’Ouémé, le Plateau, le Zou et les Collines. Sur chaque CPD, 2 groupes de 25 personnes sont directement formés une fois par semaine, soit 4100 producteurs à former directement sur les CPD avec la méthode Champ École Paysan (CEP) qui leur permet d’appliquer par eux-mêmes les bonnes pratiques agricoles. Chacun des 4100 directement formés est chargé de former à son tour au moins 2 autres producteurs de son exploitation ou de son village, portant le nombre d’impactés à au moins 12 000 producteurs.

(De gauche à droite) Agossa Josiane, animatrice ANaF; Akadjahouin Émilienne, propriétaire du CD de Henou a Zogbodome et un agriculteur

 

Quant à l’activité ASIA, elle est prévue pour impacter au moins 1250 producteurs et productrices des différentes spéculations notamment le maïs, le manioc, le soja, l’arachide et le piment dans les mêmes localités géographiques citées plus haut. A travers tout ceci, le programme ACMA2 espère voire pour cette année 2019, plus de 15 000 producteurs et productrices des 4 départements adopter les bonnes pratiques agricoles dans la production des six (6) cultures agricoles promues par le programme.

Quel est l’impact de ces semences sur les revenus des producteurs ?

 Au Bénin, d’après le service national semencier (SNS), l’utilisation des semences dans l’amélioration de la productivité est toujours faible et tourne autour de 15 %. Or les semences de bonne qualité contribuent pour environ 35 à 40 % à l’amélioration du rendement.

Afin de booster les rendements et la production des cultures ciblées, pour accroitre les offres de produits, le programme ACMA2 a fait de l’utilisation des semences améliorées et certifiées, une obligation pour tous les producteurs et productrices avec lesquels il travaille sur le terrain, avec pour objectif final d’accroitre leurs revenus et par ricochet d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.

Déjà on peut remarquer sur le terrain que la demande en semences certifiées de certaines cultures comme le maïs et l’arachide pour la petite saison agricole prochaine est beaucoup plus importante que d’habitude. Il en est de même pour les autres intrants dont les producteurs ont pu apprécier le comportement sur le terrain au cours de nos activités au titre de la grande saison en cours.

Comment les mesurez-vous ces impacts ?

 Nous les évaluons à travers des collectes de données d’enquêtes de terrain. En effet le programme ACMA2 dispose en son sein d’une équipe chargée du suivi-évaluation qui est spécialisée dans les mesures d’impact. Le bailleur également a prévu déjà pour la fin de cette année 2019, une évaluation à mi-parcours du programme ACMA2 à l’issue de laquelle nous disposerons de données chiffrées d’impact de nos activités à publier.

 Y- a – t – il des appréhensions de la part des producteurs ?

 Dans l’ensemble, les producteurs apprécient d’utiliser les semences améliorées et certifiées au vu de ses nombreux avantages. Ils expriment cependant des craintes.

Séance de formation dans un Champs pédagogique de démonstration

 

Sur quoi portent ces craintes ?

 Les craintes exprimées portent d’une part sur la disponibilité en quantité et en qualité des semences certifiées à leur portée, dans leurs milieux respectifs qui n’est pas encore une réalité. D’autre part, les producteurs se plaignent de manquer de moyens financiers pour s’approvisionner à temps en semences certifiées.

 Quelles sont les difficultés auxquelles fait face le programme dans la fourniture de ces semences ?

 Les difficultés ne manquent pas, car pour certaines cultures bien que disposant de semences améliorées mises au point par les services compétents, il est quasiment impossible de trouver leurs semences certifiées à mettre en place au niveau du producteur en raison d’une insuffisance d’organisation de leur filière semencière. C’est le cas par exemple de l’arachide et des boutures certifiées de manioc dont les quantités nécessaires pour nos activités ont été difficilement obtenues. Aussi, on note une négligence coupable des producteurs qui affichent une pauvreté financière parfois virtuelle, parce que pas toujours vérifiée, pour justifier le non-approvisionnement en semences certifiées ; ils estiment que le coût de ces semences est relativement élevé. À cette situation s’ajoute le fait que certains producteurs conservateurs s’obstinent à vouloir conserver les habitudes ancestrales, se montrant hostiles aux innovations.

 Les producteurs pourront-ils continuer à avoir accès à ces semences améliorées même si le programme ACMA2 s’arrêtait ?

 Avec les réformes en cours au Bénin dans le secteur agricole en général et dans la filière semencière en particulier, la professionnalisation amorcée des semenciers et les dispositions en cours pour organiser leur secteur, augurent d’un avenir radieux. Le programme ACMA2 soutient toutes les actions allant dans ce sens pour pouvoir par exemple rendre disponible les semences même après son terme. Des appuis spéciaux sont donnés par le programme ACMA2 aux semenciers dans ce sens à travers des sessions de formation sur les itinéraires techniques de production, les normes de qualité des semences, la recherche de marchés d’écoulement des semences et l’établissement des liens d’affaires entre semenciers et producteurs, voire même entre projets et programmes de développement intervenant au Bénin.

 ACMA2 est financé par l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas près le Bénin et mis en œuvre par IFDC en consortium avec Care Internationale Bénin Togo et KIT. L’objectif du programme ACMA2 est d’accroitre les revenus des acteurs agricoles.

Quel appel avez-vous à lancer aux acteurs agricoles qui hésitent encore à utiliser ces semences ?

Chers producteurs et productrices, les semences améliorées constituent les premiers intrants dans la production agricole. Leur utilisation revêt une importance capitale dans l’accroissement de la productivité en général et de la compétitivité des produits agricoles sur le marché en particulier. C’est pourquoi le programme ACMA2 y accorde une attention particulière. Adoptez les semences certifiées sur vos exploitations, c’est augmenter substantiellement vos rendements, accroitre les offres de produits agricoles et sortir vos familles de la précarité ».

 

Propos recueillis par Méchac Awokoloïto

 

[1] Fédération des Union des Producteurs du Bénin

[2] Association Nationale Des Femmes Agricultrices Du Benin

[3] Union Nationale des Producteurs de Soja

[4] Action et Développement Durable à la Base

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