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Innovations agropastorales au Bénin : Des Pierres à lécher pour améliorer l’alimentation du bétail

Au nord-Bénin, notamment dans les communes de Kalalé, Gogounou, Patargo et Nikki les femmes des groupements de l’Union Départementale des Organisations Professionnels d’Eleveurs et de Ruminants (UDOPER) fabriquent les pierres à lécher. Ce sont des compléments alimentaires pour le bétail. Leur introduction dans l’alimentation des animaux représente une innovation soutenue par la Coopération suisse au Bénin dans le domaine agricole.

Dans le cadre de la promotion du genre dans le domaine agricole, la Coopération suisse, à travers le Programme d’Appui au Secteur du Développement rural (PASDeR) a appuyé les femmes des communes de Kalalé, Gogounou, Patargo et Nikki pour apprendre la fabrication des pierres à lécher. A cet effet, elles ont effectué un voyage d’échanges à Kompienga, au Burkina Faso où les pierres sont utilisées depuis longtemps dans l’alimentation du bétail avec succès.

Les pierres à lécher sont fabriquées à partir des ingrédients suivants : du son de maïs ou de sorgho, de la poudre de néré, des coquilles d’huîtres, du sel, du ciment, de l’argile rouge, de l’eau, de l’urée et du miel, éventuellement. « On mesure 20 kg de son de maïs ou de sorgho, 15 kg de sel, 6 kg de poudre de Néré, 6 kg de terre rouge (termitière), 2 kg de coquilles d’huîtres, 2 kg d’urée, 8 kg de ciment blanc, pour l’eau ça dépend de la saison. En saison sèche, on utilise 37 kg et 33 kg en saison de pluie. » Cette composition permet d’obtenir 23 blocs, de 3 kg chacun, de pierres à lécher.

De retour dans leur commune, les femmes ont commencé par fabriquer deux types de pierres à lécher : des pierres à lécher simples et des pierres à lécher enrichies au miel. La formule avec du miel permet de traiter les animaux atteints de fièvre aphteuse, une maladie qui empêche les animaux de s’alimenter correctement et qui leur fait perdre du poids. Les modes de fabrication restent identiques, la seule différence réside dans l’ajout de miel à l’une des deux formules.

Les pierres à lécher ont été vite adoptées par les éleveurs qui y voient un avantage certain pour leur bétail. En effet, elles permettent d’améliorer l’alimentation des animaux, réduire leur mobilité et prévenir les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Cette innovation fait déjà le bonheur de plusieurs éleveurs comme Bani Kasê Soumanou qui nous donne son appréciation : « Avant l’utilisation de la pierre à lécher, je vaccinais et donnais uniquement les comprimés aux animaux. Cependant, je n’avais pas les effets escomptés. Depuis que j’utilise la pierre à lécher, je suis vraiment satisfait car j’ai constaté un réel changement ».

Eleveur et propriétaire d’une cinquantaine de têtes de ruminants dans la commune de Kalalé, Bani Kasê Soumanou ne jure que sur les pierres à lécher produites par le groupement de femmes de Djegga II pour l’alimentation de son bétail : « La pierre à lécher m’aide énormément. Je ne pense pas arrêter l’utilisation de sitôt. Et compte tenu des avantages que j’en tire, même si on augmente le prix, je continuerais d’en acheter ».

Sa fidélité à ce complément alimentaire pour son bétail se justifie par le fait que la pierre à lécher donne de l’appétit aux animaux et permet de constater leur embonpoint ; elle améliore la production du lait et augmente la quantité du lait des vaches. Aussi, elle est un déparasitant et renforce les animaux, c’est-à-dire qu’elle leur donne une bonne allure et une certaine robustesse. Ce qui augmente la valeur de l’animal et permet de le vendre à un meilleur prix sur le marché. La pierre aide les animaux à ne plus consommer de sable. Et même s’ils en mangent, la pierre en facilite l’élimination. La pierre à lécher, particulièrement celle au miel, solidifie les os des animaux et facilite la guérison des plaies : « un de mes bœufs avait la patte fracturée depuis un certain temps et je l’ai traitée en vain. Quand j’ai commencé à lui donner la pierre à lécher au miel, la patte s’est rapidement ressoudée ». Enfin, la pierre contribue à soigner certaines maladies buccales telles que la fièvre aphteuse qui empêche des animaux de bien brouter.

Le souhait est que cette innovation puisse se reproduite à l’échelle sur le plan national.

 

Djibril AZONSI

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