L’anacarde, la spéculation qui n’a aucun secret pour Roland Riboux

2 semaines déjà

Installé au Bénin depuis 1996, Roland Riboux, Président Directeur Général de Fludor S.A. est l’un des rares investisseurs locaux à transformer l’anacarde sur place. Entre défis contemporains et perspectives, lors du deuxième numéro du Café Ben’Agro, il nous fait découvrir le monde de l’anacarde.

L’anacarde reste l’un des principaux produits d’exportation du Bénin. Et c’est dans ce secteur que Roland Riboux a décidé d’investir après le coton, le soja et le beurre de karité. Après ses débuts difficiles dans l’investissement, il s’est engagé dans la vie associative où il est l’actuel Président du Conseil des Investisseurs Privés du Bénin (CIPB). Un regroupement qui, en plus d’être un cercle de réflexion pour l’amélioration de l’environnement des affaires au Bénin, fait du plaidoyer.

« C’est un système extrêmement fragmenté… »

Depuis quelques années, Roland Riboux investit dans la filière anacarde qu’il voit évoluer au gré des saisons. En 2015, il installe son unité de transformation qui prend entre 15 et 20% de la production nationale de noix de cajou. Mais l’approvisionnement est le premier verrou qu’il faut sauter. En effet, « c’est un système extrêmement fragmenté où chacun plante et vend », laisse-t-il entendre, avant d’ajouter qu’il travaille avec « très peu de coopératives et beaucoup d’intermédiaires. » S’en suit la fluctuation du prix de la noix qui rend complètement instables la transformation et l’exportation.

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Si en 2016 et en 2017, tous les agriculteurs observaient des marges sur leurs productions, l’année dernière a plutôt été catastrophique. Un double phénomène, explique-t-il : « la production mondiale de noix brute augmentait à 6% alors que la consommation mondiale était moins de 5% l’an. » Les acheteurs finaux se sont récusés en 2018 et les exportateurs ont été obligés de stocker leurs produits au Vietnam et en Inde pour les vendre moins cher plus tard. La même situation s’est produite cette année, ajoutée à la saison ait été mauvaise en qualité.

La présence des étrangers, un handicap !

Au Bénin, les Indiens et les Vietnamiens sont les principaux acteurs présents dans la filière, se désole Roland Riboux. Tous produisent moins qu’ils ne transforment. La différence entre la quantité produite et celle transformée vient des pays africains notamment ceux du Golfe de Guinée. L’Inde a un marché intérieur énorme qui utilise les noix pour les usages traditionnels et la fabrication de gâteaux et de biscuits. Le Vietnam n’a pas le même marché intérieur que l’Inde mais tient à lui seul 75% du marché mondial de l’exportation des amendes blanches. L’autre handicap non négligeable est celui de l’industrie. Les Vietnamiens améliorent tous les ans leurs pièces détachées, et ont la capacité de produire à moindre frais.

Alors qu’au Bénin par exemple, il faut faire venir les équipements avec leurs coûts. L’année d’après, ils sont obsolètes et il faut avoir un stock de pièces détachées et de noix. Dans tout cet imbroglio, les investisseurs locaux subissent les affres du marché international. A ce rythme, « on va disparaitre », s’inquiète-il. Ils sont donc obligés d’acheter les noix à un prix qui leur permet d’avoir des marges. Pour changer la donne, Roland Riboux propose la subvention des petites industries et la mise en place d’un mécanisme de promotion des acteurs locaux.

Roland Riboux en noir lors du café ben’agro du 20 juin 2019

Fludor S.A booste l’économie locale

L’un des gros problèmes de la filière est le manque de productivité des planteurs, leur manque de formation et le nombre insuffisant de pépiniéristes qui rendent la production moins efficace. Les greffeurs qui sont en majorité des femmes ont également besoin de formation. A cela s’ajoute l’inexistence d’une interprofession qui devrait jouer le rôle de formateur et de lobbying auprès de l’Etat, qui à son tour doit faire de ce secteur, une priorité nationale. D’ailleurs, si l’Etat n’injecte pas de l’argent dans la filière, c’est bien à cause de l’inorganisation. Roland Riboux exhorte l’Etat à créer une agence pour mieux gérer ce secteur.

L’un des défis du monde contemporain est l’insertion professionnelle de la gent féminine. Et Fludor S.A. emploie, selon les dires de son dirigeant, entre 600 et 800 femmes, selon la variabilité de la capacité de transformation de l’entreprise. « Vous imaginez ce que ça représente pour un village qui a une économie purement rurale. Les femmes ont besoin de santé et d’éducation pour les enfants. C’est très important pour car nous parlons des choses déconcentrées, des villages les plus pauvres qui peuvent avoir des revenus les plus importants », souligne Roland Riboux. L’emploi des femmes constitue un postulat du redressement du niveau de vie des populations à la base. Et dans les villages environnants de l’usine, la situation économique est en plein changement.

Géovanny KAKPOVI

André Tokpon

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