Edito DG/FAO : « Il n’y a pas de sécurité alimentaire sans sécurité sanitaire des aliments »

3 mois déjà

En prélude à la première conférence internationale FAO / OMS / UA sur la sécurité sanitaire des aliments qui se déroulera à Addis-Abeba du 12 au 13 février 2019, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a délivré un édito dont voici la teneur.

La sécurité alimentaire pour tous est une pierre angulaire de l’Agenda 2030 des Nations Unies, qui reconnait qu’un développement mondial durable ne peut être atteint que si la faim et toutes les formes de malnutritions sont éliminées (Objectif de Développement Durable 0DD2).

Néanmoins, la communauté internationale doit être consciente que la sécurité alimentaire ne signifie pas seulement que suffisamment de nourriture est produite et que tout le monde y a accès. Il est également fondamental que tous les aliments puissent être consommés sans danger. Autrement dit, il n’y a pas de sécurité alimentaire sans sécurité alimentaire.

Selon une évaluation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les maladies d’origine alimentaire touchent 600 millions de personnes et causent plus de 420 000 décès chaque année. Les enfants constituent la couche la plus touchée, à la fois en termes de mortalité et de retard de croissance, avec 150 millions d’enfants de moins de cinq ans affectés et est souvent causée par de dangereux microbes ou parasites qui s’infiltrent dans leurs repas. L’année dernière, par exemple, une épidémie mortelle de Listeria a été responsable de plus de 180 décès en Afrique du Sud, dont près de la moitié sont de jeunes enfants. La contamination provenait d’une entreprise de transformation des aliments qui exportait dans 15 pays.

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Les impacts des aliments insalubres vont bien au-delà de la souffrance humaine. Les maladies d’origine alimentaire entravent le développement socio-économique en sollicitant lourdement les systèmes de soins de santé, et en portant préjudice aux économies nationales, au tourisme et au commerce. Les opportunités économiques du marché alimentaire international sont perdues au profit des pays qui ne sont pas en mesure de respecter les normes internationales en matière de sécurité sanitaire des aliments. La Banque mondiale estime que les problèmes de sécurité sanitaire des aliments coûtent plus de 100 milliards de dollars par an aux pays en développement.

L’approvisionnement alimentaire de plus en plus mondialisé signifie que les risques liés aux aliments malsains peuvent rapidement passer d’un problème local à une urgence internationale, exposant les populations du monde entier à des risques alimentaires. De nombreux pays en développement importent une grande partie des denrées alimentaires consommées par leurs populations, et certains, comme les îles du Pacifique, dépendent presque entièrement des importations pour assurer leur sécurité alimentaire.

Par conséquent, il est absolument essentiel que les pays investissent dans la sécurité sanitaire des aliments. Pendant que de nombreux pays possèdent des outils et des systèmes développés en matière de sécurité sanitaire des aliments, beaucoup d’autres n’en disposent pas. Aujourd’hui, face à l’évolution rapide de la science, de la technologie et de la communication, mais aussi aux changements dans l’agriculture,  dans l’environnement et dans les comportements des consommateurs, les autorités du monde entier doivent rester vigilantes, partager des informations et des ressources et trouver des moyens de s’assurer que toutes les parties prenantes contribuent à des résultats effectifs.

Malheureusement, les maladies d’origine alimentaire sont particulièrement susceptibles de se propager à travers des aliments à hautes qualités nutritionnelles – ingrédients de salade riches en fibres, par exemple – et les craintes du public concernant leur consommation peuvent conduire à une consommation accrue d’aliments hyper transformés qui aggravent le problème mondial de l’obésité avec des conséquences énormes sur la santé et la vie.

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Les effets du changement climatique nuisent également à la sécurité sanitaire des aliments. Par exemple, le risque d’aflatoxine – un agent cancérigène présent dans les cultures de base dans les régions tropicales où le taux de famine a tendance à être élevé – augmentera à mesure que les températures augmentent et que les régimes de précipitations se modifient. Il est essentiel de limiter ces risques, en particulier pour les communautés rurales vulnérables. Les aliments contaminés par des organismes résistant aux antimicrobiens peuvent également être une source d’exposition pour l’homme.

Les enjeux sont donc considérables et il n’y a pas d’autre solution que d’investir judicieusement et avec détermination dans ce domaine.

En 2019, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) co-organise deux grandes conférences internationales pour débattre de l’avenir de la sécurité sanitaire des aliments. La première aura lieu à Addis-Abeba, en Ethiopie, les 11 et 12 février, dans le cadre d’un partenariat entre la FAO, l’OMS et l’Union africaine (UA). La conférence soulignera l’importance de la sécurité sanitaire des aliments pour lutter contre toutes les formes de malnutrition et pour promouvoir le développement durable. La seconde conférence, qui aura lieu en avril à Genève, sera co-organisée par la FAO, l’OMS et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle traitera de l’importance du renforcement des normes de sécurité sanitaire des aliments pour promouvoir le commerce international.

La FAO intervient dans plusieurs domaines pour promouvoir la sécurité sanitaire des aliments. L’un des plus importants est le programme conjoint FAO / OMS sur les normes alimentaires mis en œuvre par la Commission du Codex Alimentarius, un organisme international intergouvernemental de normalisation. Ses normes sont publiées sous le nom de Codex Alimentarius. Ce «code alimentaire» couvre toute la chaîne de production, permettant aux gouvernements d’établir des normes scientifiquement acceptables au plan international acceptables afin d’élaborer des critères pour assurer la sécurité sanitaires des aliments et harmoniser le commerce des produits alimentaires, malgré les nouveaux défis et menaces qui continuent à émerger.

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Le Codex travaille sur la sécurité sanitaire des aliments et le commerce depuis plus de 50 ans. Depuis 1963, le Codex a élaboré des centaines de normes, directives et codes de pratique reconnus à l’échelle internationale. Depuis 1995, il est reconnu par l’OMC comme la norme de référence pour la réglementation nationale en matière de sécurité sanitaire des aliments et la base du commerce international des denrées alimentaires. Le Codex est ainsi le lien invisible entre ceux qui travaillent dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire et le consommateur.

La FAO aide également les pays à élaborer ou à modifier leur législation relative à la sécurité sanitaire et à la qualité des aliments, en fournissant une assistance à travers des évaluations juridiques et institutionnelles, en soutenant les processus de réforme juridique et en promouvant les activités de développement des capacités des avocats et des régulateurs.

La sécurité sanitaire des aliments nécessite une approche participative. De la production à la consommation, la sauvegarde de nos aliments est une responsabilité partagée- nous devons tous jouer notre rôle.

Par José Graziano da Silva

Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies

pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

André Tokpon

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