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Bénin : Pôles d’Entreprises Agricoles, l’approche qui facilite l’accès des acteurs agricoles aux marchés

Financé par l’Ambassade du Royaume des Pays Bas au Bénin, et mis en œuvre au Bénin par l’International Fertilizer Development Center (IFDC), CARE International et KIT, le programme Approche Communale pour le Marché Agricole (ACMA) est entré dans sa deuxième phase depuis Décembre 2017. Ce programme qui vise l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations rurales dans 28 communes des départements de l’Ouémé, du Plateau du Zou et des Collines, place le développement des Pôles d’Entreprises Agricoles (PEA) au cœur de ses actions. Dans un entretien à nous accorder, Mathias Ahounou le chargé du développement de l’entreprenariat et agrobusiness à ACMA2 et spécialiste des PEA (depuis le projet 2SCALE un autre programme de l’IFDC mis en œuvre au Bénin de 2012 à 2017), nous emmène au cœur de ces réseaux d’acteurs agricoles.

Développé pour la première fois au Bénin par le projet 1000s+ (2005-2011), puis relayé par 2SCALE et ACMA, ces PEA (que d’aucuns appellent approche Cluster) sont actuellement au nombre de 60 sur le programme ACMA2, mis en place autour de sept produits agricoles que sont : le maïs, le manioc, le soja, l’arachide, le palmier à huile, le piment et le poisson. Ils constituent le noyau autour duquel gravitent les actions du programme ACMA qui vise à faciliter l’accès des acteurs économiques notamment les producteurs et les aux marchés locaux, nationaux et sous régionaux.

Agratime.com : Qu’appelle-t-on Pôle d’Entreprises Agricoles ?

Mathias Ahounou, chargé du développement de l’entreprenariat et agrobusiness à ACMA2

Mathias Ahounou : Un Pôle d’Entreprises Agricoles (PEA) est un groupe d’acteurs liés par des relations commerciales durables et agissant ensemble dans un espace bien défini pour approvisionner un segment de marché. Le but poursuivi ici, est que les acteurs soient réunis dans un espace pour échanger et communiquer sur les opportunités d’affaires qui existent pour satisfaire aux besoins réels existant sur les  marchés. L’approche PEA est mise en œuvre au Bénin par l’IFDC mais d’autres parlent d’approche Clusters où les acteurs acceptent de travailler ensemble pour aller sur le marché.

Quand nous parlons de Pôle d’Entreprises Agricoles, nous parlons d’abord d’un produit, d’un besoin réel au niveau d’un marché et des acteurs qui développent des relations d’affaires autour de ce produit pour alimenter le marché. Pour créer les PEA, le programme Approche Communale pour le Marché Agricole fait d’abord, un diagnostic rapide d’identification des acteurs potentiels qui font leur business autour des produits sélectionnés par le programme. . Ensuite une étude des offres des produits est réalisée pour mieux comprendre les flux des transactions de ces produits au niveau national et dans la sous-région. Enfin un atelier diagnostic des besoins en renforcement de capacités et en développement de relations  d’affaires entre les acteurs est organisé au profit des acteurs. Au terme de cet atelier, des plans d’action pour le développement des pôles d’entreprises agricoles sont élaborés. Des structures d’appui entreprenariat qui sont soit des ONG, soit des bureaux d’études ou des parfois des structures techniques des organisations de producteurs sont identifiés pour la mise en œuvre de ces plans d’action.   A la fin de la mise en œuvre des activités des plans d’action, un atelier de revue et de capitalisation est réalisé pour apprécier les avancées réalisées dans la consolidation des PEA et identifier d’autres pistes en renforcement de capacité pour une amélioration de la performance du PEA.

Comment fonctionne ces Pôles d’Entreprises Agricoles ?

Au niveau du PEA nous avons des acteurs et leurs organisations à chaque segment des chaines de valeur. Nous avons des acteurs directs que les fournisseurs, d’intrants, les producteurs, les transformateurs et les commerçants mais aussi des acteurs indirects qui appuient ces acteurs directs. Il s’agit ici des ONGs, des bureaux d’études et des structures étatiques qui travaillent à accompagner ces acteurs directs pour le développement de leur business. Pour rendre tout cela fonctionnel, il y a également un travail qui est fait avec les structures de financement pour accompagner ces acteurs dans l’obtention de crédits.

Le PEA fonctionne sur la base des relations d’affaires qui se développent entre les acteurs. Parfois ces relations d’affaires se matérialisent à travers des contrats (formels ou oraux) de fourniture des produits.  

Donc les PEA sont indispensables à l’accès au marché ?

C’est une démarche qui consiste à amener les acteurs à aller ensemble sur le marché et à faire des économies d’échelle parce qu’avec Pôles d’Entreprises Agricoles, vous avez plusieurs acteurs qui travaillent ensemble. C’est donc une approche qui permet de développer chez les acteurs agricoles la culture de l’entreprenariat agricole et aussi d’intégrer dans un business, des groupes vulnérables, ceux qui n’ont pas facilement accès aux crédits mais qui peuvent à travers le groupe et des cautions solidaires de bénéficier également de ces crédits. Ça permet également à ceux qui n’ont pas accès à des technologies pour assurer la transformation et avoir des produits de qualités, de bénéficier d’informations et de formations pour pouvoir produire qualité et aller sur le marché.

Quel est aujourd’hui l’impact de cette approche  sur l’accès des acteurs agricoles au marché ?

Après quelques années d’expériences sur le terrain nous avons noté que cette démarche a permis aux acteurs agricoles de mieux vendre leurs produits sur les marchés. Il ne s’agit plus de produire et de commencer à chercher les acheteurs, mais on produit pour satisfaire à une demande réellement exprimée par des consommateurs. Je dois dire que cette approche a permis de développer chez les acteurs agricoles les réflexes d’une bonne étude de marché avant de commencer à produire. On peut dire que les PEA ont permis à un grand nombre de producteurs d’aller sur le marché. Ils ont encore permis à des groupes vulnérables, des acteurs qui n’ont pas accès aux innovations et aux formations, d’y avoir accès et de se porter eux aussi sur les marchés.

Qu’est ce qui empêche encore le bon fonctionnement des PEA ?

 Ce que nous pouvons considérer comme étant une faiblesse  de l’approche PEA, est la coordination des actions et l’accès à l’information et à la formation  par tous les acteurs. La conséquence est que parfois tous les produits présentés par le PEA ne sont pas de même qualité. Le Pole d’Entreprises Agricoles n’est pas une entité juridique disposant d’un siège et un bureau en bonne et due forme, c’est des groupes d’acteurs qui acceptent de travailler ensemble pour satisfaire à des besoins exprimés par des consommateurs sur un marché. Donc il faut qu’il y ait d’abord une circulation d’informations et l’accès à la formation par tous les acteurs, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui au niveau de ces PEA. L’autre faiblesse est que peu de relations d’affaires sont matérialisées par des contrats formels

Lire aussi :ACMA2 : Des centres modernes pour accompagner la pisciculture et la production d’huile de palme dans l’Ouémé

Il y a également jusque-là, le problème d’accès au crédit qui se pose. Nous avons eu à développer des mécanismes et celui qui a le plus fonctionné, c’est le Warrantage qui permet aux acteurs de mettre en garanti leurs produits et de travailler ensemble avec une structure de micro finance  dans la gestion de ces produits pour avoir le crédit.

Combien de banques ou d’institutions financières accompagnent les PEA ?

Nous avons eu jusque-là, la FECECAM et le groupe Alidé qui travaillent avec les pôles d’entreprises agricoles que nous sommes en train de développer. Au Nord, nous avons aussi l’institution financière Sian son qui accompagne les acteurs pour leur accès aux crédits.

Quelles sont les perspectives pour les PEA ?

A court terme, il nous faut renforcer davantage les différents mécanismes d’accès au crédit développer et de permettre à ces acteurs de pouvoir travailler avec une très bonne circulation de l’information et leur permettre d’aller davantage sur les marchés nationaux et sous régionaux. .

Propos recueillis par André TOKPON

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