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Adjéhoda Amoussou, fermier à Grand-Popo: « On ne peut pas continuer en 2018 à importer les semences de tomates »

Loin du brouhaha et des discours creux et verbeux contre la sécurité alimentaire, Adjéhoda Amoussou, maraicher et propriétaire d’une ferme au village Ayiguinnou, dans l’arrondissement d’Agoué, Commune de Grand-Popo s’emploie à donner du sens au travail de la terre. A plus de 87 km de Cotonou, ce maraicher n’a d’yeux que pour cette activité qui jalouse plus que sa femme.

Agratime : De près comme de loin, l’étendue de votre domaine affiche un paysage verdoyant. Qu’est-ce que vous cultivez ici à Grand-Popo pour donner à la terre une beauté si angélique ?

Adjéhoda Amoussou : Vu que nous sommes sur le littoral de la mer, nous faisons la culture maraichère. La plupart du temps, ce sont des cultures associées. Donc on peut avoir la carotte, la tomate, le piment, l’oignon et la grande morelle. Cela dépend aussi de la demande du marché.

Parvenez-vous à produire à toutes les saisons de l’année ?

Oui, nous produisons tout au long de l’année mais cela dépend de la spéculation. Je prends le cas de la tomate. Si les conditions agronomiques ne sont pas réunies vous ne pouvez pas la produire. La tomate aime la température nocturne en dessous de 25°C.  Mais pour avoir cette température au sud ici, c’est à partir de mi-juin à mi-septembre. C’est en ce moment que vous voyez la tomate un peu partout au sud du pays.

Quand on dépasse ces mois-là, la température avoisine déjà les 30°C. En conséquence, on ne peut plus produire la tomate ici. Nous faisons alors les autres cultures tropicales comme le piment, la grande morelle et autres qui remplissent les conditions climatiques.

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Dites-nous, sur quelle superficie s’étendent vos cultures ?

J’ai 90 hectares mais cette année j’ai pu emblaver 50 ha seulement parce que en 2016, nous avons eu un choc avec la chute du naira car notre plus grand marché d’écoulement dans la sous-région est le Nigéria. Donc, tout ce que vous nous voyez produire va au Nigéria. C’est d’ailleurs les Nigérians qui viennent prendre ces produits car ils en ont déjà fait la demande. Mais en 2016 avec la chute du naira, nos chiffres d’affaires ont baissé. Nous sommes donc obligés de diminuer les superficies emblavées. Il faut dire que c’est maintenant que ça remonte. En clair, la situation s’améliore peu à peu. Je pense que ça va beaucoup mieux avec l’économie du Nigéria qui reprend peu à peu.

Quel type d’engrais utilisez-vous ?

Ce sont les engrais minéraux NPK et urée. D’aucuns parlent d’engrais chimiques. Mais je ne m’inscris pas dans cette théorie. Si on parle d’engrais chimiques, même les médicaments que nous consommons sont chimiques.  

C’est vrai qu’on utilise les pesticides pour protéger le sol. Si la terre n’est pas bonne, la culture ne peut pas être réussie. Nous utilisons aussi les insecticides. Il faut souligner qu’il y a des produits de traitement des plants, des maladies (liées aux champignons) que nous ne voyons pas. Il y a ces produits que nous avons, et dont la rémanence ne dure pas 15 jours. Il y a d’autres produits dont la rémanence est d’une semaine. Donc, un producteur averti se doit de tenir compte de la rémanence des produits. Fort heureusement, l’Etat attache du prix à son respect.  Aujourd’hui, il y a des structures étatiques notamment les Directions départementales de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche qui jouent ce rôle de suivi et de contrôle de tout ce que nous utilisons.

Quelles sont les types de carotte que vous produisez ?

Comme je l’ai dit, c’est le consommateur qui détermine la culture. Du Nigéria au Ghana, la variété que nous produisons est la variété hybride qu’on appelle le « all season crops » qui peut être produit tout au long de l’année. Elle supporte la chaleur. C’est la même chose que tous les maraichers de Grand-Popo et du Togo produisent.

Qu’est-ce qui influe sur la qualité de cette carotte ?

C’est la qualité du sol. C’est une culture à tubercule, donc si le sol n’est pas perméable, il ne sera pas facile de produire. Donc cela est lié à la qualité du sol et à la qualité de la semence aussi. Les autres facteurs viennent en aval puisque si vous avez le sol et la semence, il faut avoir les intrants de qualité tels que les engrais et les matières organiques pour produire une bonne carotte. Nous avons donc les bons intrants et aussi une bonne eau. Lorsque vous touchez notre eau vous verrez qu’il n’y a aucune acidité. C’est une eau consommable.

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Quid du rendement à l’hectare

Avec ma modeste connaissance, je ne peux pas estimer la quantité de carotte que nous produisons à l’hectare. Ce que nous estimons plutôt ici, c’est la rentabilité financière pour le producteur. Nous avons fait plusieurs réunions afin de vendre le produit au kilo mais les grossistes nigérians n’acceptent pas. Ce qui fait qu’à la vente, nous ne vendons pas par kilo. Nous voyons la rentabilité à l’hectare. Vous voyez ce que vous avez investi pour la production et ce que vous avez gagné à l‘hectare. Nous vendons nos produits par planche. Une planche fait 18m sur 3,5m et est vendue à 50.000 FCFA. Dans un hectare, vous avez 150 planches. Donc si on fait le calcul, ça fait 7.500.000 FCFA or le coût de production par planche tourne autour de 15.000 FCFA. Donc si vous faites le calcul vous verrez que la marge bénéficiaire est réaliste.

A part le Nigéria où vous exportez vos produits, quels sont les autres marchés que vous explorez ?

De juin à fin novembre, c’est le marché du Nigéria que nous explorons. Maintenant, il y a aussi le Ghana qui vient pendant les périodes de fêtes de fin d’année ou de pâques. Le Togo vient aussi s’approvisionner chez nous surtout lorsqu’il n’y a pas de carotte de l’autre côté de Lomé.

Est-ce que vous parvenez à satisfaire la demande locale ?

Oui, d’autant plus que le Bénin est entouré de pays qui font le maraichage à grande échelle.  Donc, quand nous on vend au Nigéria de juin à novembre, le Nigéria déverse en retour tous ses produits au Bénin, le reste du temps. Le Bénin vend trois mois sur le Nigéria et lui vend neuf mois sur le Bénin. Le Burkina Faso aussi envoie des produits. Comme on peut s’imaginer la température joue beaucoup dans la culture, déjà à partir de novembre la fraîcheur commence par venir du nord. Donc le Burkina produit de la tomate puisque dans les régions voltaïques, la température descend déjà en dessous de 18°C. C’est pourquoi après les fêtes, c’est la tomate du Burkina Faso qui alimente le Bénin. Or, nous produisons en quantité la tomate au Bénin, seulement que la température a un impact négatif sur la culture. Les autres variétés de tomates locales peuvent supporter la température mais elles ne sont pas appréciées du consommateur béninois. D’où, j’attire l’attention des chercheurs. On ne peut pas continuer en 2018 à importer les semences de tomates. On doit travailler sur notre ‘’tohounvi’’ (variété locale) pour développer une variété qui peut supporter la température de chez nous et qui doit être appréciée par le consommateur. Notre tomate contient assez d’eau, assez de graines mais pas assez de matières sèches. La tomate produite à Grand-Popo est importée et c’est la variété Pertomèche qui a beaucoup de matières sèches avec moins d’eau et moins de graines. On peut la conserver pendant 15 jours. L’idéal serait de réfléchir sur comment allouer un fonds conséquent à la recherche pour produire notre propre semence adaptée à notre climat.

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Vous avez signifié que le Nigéria déverse ses produits sur le marché béninois. Est-ce les mêmes produits qu’ils achètent chez vous qu’ils commercialisent à leur tour au Bénin sous un autre forme ?

Non. Ce sont leurs propres produits qu’ils nous envoient. En effet, quand le temps est favorable chez eux, ils produisent des cultures qu’ils nous envoient. En géographie, on nous dit que la terre tourne. Peut-être que c’est cela qui est l’origine de ce que nous observons. Actuellement, nous traversons la période de fraicheur au Bénin où les tortues marines viennent pondre des œufs à la plage, surtout que nous sommes à Grand-Popo où il est aisé de faire cette remarque. Quand on met la tomate en terre en ce moment-là au sud du pays, la production est énorme. Mais au-delà d’une température de 30%, quand vous semez les graines de tomates, vous n’aurez rien. Vous aurez des feuilles mais pas de fruits. C’est pourquoi quand ça tourne comme ça, le Nigeria reçoit le climat favorable. Ainsi, le Nigéria peut produire et faire écouler ses produits au Bénin. C’est pareil pour le Burkina-Faso. En gros, c’est une relation de complémentarité.

Entretien réalisé par André Tokpon & Sylvanus AYIMAVO

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